:
Merci beaucoup, monsieur le président.
[Traduction]
Mesdames et messieurs, je vous remercie de m'avoir invité à parler du projet de loi , Loi sur le renforcement de la protection de l'environnement pour un Canada en santé, qui propose des modifications à la Loi canadienne sur la protection de l'environnement.
[Français]
Pour débuter, j'aimerais reconnaître que nous nous trouvons, physiquement ou virtuellement, sur les terres ancestrales des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Ce ne sont pas que des mots; c'est une reconnaissance essentielle alors que nous travaillons quotidiennement à tisser de nouvelles relations avec les peuples autochtones.
[Traduction]
Le projet de loi dont vous êtes saisis renforce la Loi dans deux domaines clés: il reconnaît un droit à un environnement sain, comme le prévoit la LCPE, et il renforce la gestion des produits chimiques et d'autres substances.
[Français]
Lorsque j'ai présenté mon allocution d'ouverture au comité sénatorial, au printemps dernier, j'ai invité les sénateurs et les sénatrices à étudier le projet de loi et à chercher des moyens de l'améliorer. Je remercie le Sénat de son travail important et je réitère cette offre aux députés de la Chambre des communes.
Le gouvernement appuie bon nombre des amendements du Sénat et proposera que certains soient modifiés pour être plus fonctionnels. Il y en a quelques-uns, sur lesquels je reviendrai plus tard, qui ne sont pas conformes aux principes de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement ou qui sont prématurés, à la lumière des consultations en cours.
Commençons par la question d'accorder le droit à un environnement sain en vertu de la LCPE.
[Traduction]
Ce projet de loi est la première fois qu'un droit à un environnement sain sera reconnu dans une loi fédérale.
Le projet de loi comprend aussi plusieurs exigences visant à garantir que ce droit est concret et pris en compte lorsque des décisions sont prises en vertu de la LCPE. Il exige que le gouvernement élabore, dans un délai de deux ans, un cadre de mise en oeuvre décrivant comment ce droit sera pris en compte dans l'application de la Loi. Ce cadre expliquera, entre autres, comment les principes de justice environnementale, de non-régression et d'équité intergénérationnelle seront pris en compte en vertu de la LCPE.
[Français]
La population canadienne aura l'occasion de participer à l'élaboration du cadre. Le ministre — c'est-à-dire moi — doit faire rapport annuellement au Parlement au sujet de la mise en œuvre de ce cadre.
Le cadre définira une approche réfléchie, significative et évolutive du droit à un environnement sain. Le cadre de mise en œuvre précisera l'optique du droit à un environnement sain pour tous les programmes relevant de la LCPE, y compris le Programme de la qualité de l'air et le programme de gestion des produits chimiques.
Les modifications connexes au droit comprennent la confirmation de l'engagement du gouvernement à mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et l'importance de tenir compte des populations vulnérables et des effets cumulatifs dans l'évaluation des risques.
Le projet de loi exigera également des recherches, des études ou des activités de surveillance pour appuyer la protection de ce droit. Ces nouvelles exigences en matière de recherche pourraient aider à répondre, par exemple, aux besoins d'information sur la façon dont la pollution touche plus certains groupes de personnes ou certaines communautés que d'autres.
[Traduction]
Ces modifications s'appuient sur un régime solide de droits procéduraux prescrits dans la LCPE qui prévoit la participation du public, des enquêtes sur les infractions et des mesures de protection de l'environnement. La LCPE prévoit l'obligation de publier des renseignements et de tenir un registre en ligne de la LCPE, que nous améliorons sans cesse. Il permet à quiconque de demander l'ouverture d'une enquête sur une infraction présumée.
Si la demande n'est pas traitée de manière raisonnable, la personne peut intenter une poursuite en matière de protection de l'environnement devant les tribunaux pour assurer la conformité. De plus, quiconque a subi des pertes ou des dommages par suite d'une infraction à la LCPE peut intenter une poursuite civile pour récupérer ces dommages.
[Français]
Le projet de loi offre au public plus de moyens de participer au processus décisionnel, le rendant plus transparent et plus accessible. Par exemple, il sera possible de participer à l'élaboration du cadre de mise en œuvre et du Plan des priorités de gestion des produits chimiques. Le projet de loi ajoute un mécanisme permettant au public de demander une évaluation et consolide la liste des substances qui peuvent raisonnablement être considérées comme toxiques, si leur utilisation change.
[Traduction]
La deuxième série de modifications clés proposées dans ce projet de loi concerne la modernisation de la gestion des produits chimiques...
[Traduction]
La deuxième série de modifications clés proposées dans ce projet de loi concerne la modernisation de la gestion des produits chimiques. Le Canada est reconnu comme un chef de file mondial, car il est le premier et le seul pays à avoir classé toutes les substances qui étaient commercialisées dans notre économie au moment de la promulgation de la LCPE originale en 1988 et à avoir fait de leur évaluation une priorité. D'ici la fin de 2022, le gouvernement aura terminé l'évaluation de la quasi-totalité, soit 98,5 %, des 4 636 substances répertoriées comme prioritaires lors du lancement du plan de gestion des produits chimiques en 2006. C'est un progrès.
[Français]
Nous avons maintenant besoin d'un nouveau processus.
[Traduction]
Le projet de loi exige que le gouvernement consulte et produise un plan des priorités en matière de gestion des produits chimiques. Il présentera aux Canadiens un plan pluriannuel pour l'évaluation des substances. Il décrira aussi les activités qui permettront de mieux soutenir cet effort, comme la recherche et la surveillance.
Ce projet de loi établit un nouveau régime pour les substances présentant les risques les plus élevés. Il s'agit notamment des substances persistantes et bioaccumulables, ainsi que de certaines substances cancérigènes et mutagènes et d'autres substances toxiques pour la reproduction. Lors de l'examen sur la façon de gérer ces substances, le projet de loi exige que la priorité soit accordée à leur interdiction. Le Sénat a apporté des améliorations à ces dispositions; à mon avis, de modestes modifications aux amendements du Sénat rendraient ce régime encore plus efficace.
Je pense que nous pouvons tous convenir de l'importance d'agir rapidement pour évaluer et gérer ces risques. La LCPE prescrit déjà des échéances, un genre de « compte à rebours » de la LCPE. Le gouvernement doit proposer un instrument de gestion des risques pour l'ajout à l'annexe 1 dans les deux ans suivant la proposition de la substance et officialiser cet instrument dans les 18 mois suivants. Le projet de loi propose d'aller plus loin et ajoute l'obligation pour le gouvernement de communiquer les échéances des instruments subséquents de gestion des risques.
Le projet de loi ajoute une liste de surveillance comme outil d'amélioration de la transparence en regroupant une liste de substances dont les propriétés inhérentes sont préoccupantes, mais dont l'utilisation actuelle ne présente pas un risque devant être géré. Une consultation sera organisée sur les critères d'ajout et de retrait des substances. Ce travail commencera dès l'entrée en vigueur du projet de loi.
[Français]
Pour continuer sur le thème de la transparence, soulignons qu'il y a beaucoup de discussions sur les informations commerciales confidentielles. Le projet de loi prévoit davantage d'exigences visant à améliorer la transparence. J'aimerais quand même insister sur la nécessité de maintenir un juste équilibre entre la transparence et la protection des intérêts commerciaux canadiens, ce que le projet de loi accomplit.
[Traduction]
Enfin, le projet de loi comprend maintenant des exigences matérielles pour accélérer les efforts visant à remplacer, réduire et raffiner les essais sur les animaux. Les trois R sont en séquence de manière à refléter que la priorité consiste à remplacer l'expérimentation sur les animaux, dans le but de l'éliminer dès que d'autres méthodes réalisables et scientifiquement justifiées sont disponibles. Le gouvernement s'engage à promouvoir des méthodes d'expérimentation non animale et entamera un dialogue avec les parties prenantes et les experts en vue de fournir des avis sur cette question.
[Français]
La LCPE n'a subi aucune modification importante depuis 20 ans. Je tiens à le répéter: ce n'est pas notre dernier effort de modernisation de la LCPE.
Parallèlement à la réforme législative, le gouvernement entreprend plusieurs activités afin de s'attaquer à plusieurs enjeux relatifs à la LCPE.
Au cours de la dernière année, nous avons lancé deux consultations sur l'étiquetage. La première visait à déterminer quelles mesures pourraient améliorer la transparence dans la chaîne d'approvisionnement. Les consultations se sont terminées plus tôt cet automne et ont abouti à la publication, le mois dernier, d'un avis d'intention concernant l'étiquetage des substances toxiques dans les produits de consommation. Les résultats de ces deux initiatives alimenteront une stratégie plus large, que nous publierons en 2023.
[Traduction]
Le Sénat a aussi fait des commentaires sur la transparence des évaluations des nouveaux organismes vivants. À ce titre, le gouvernement du Canada a lancé des consultations en octobre 2022 qui porteront sur la façon dont le Règlement sur les renseignements concernant les substances nouvelles pourrait renforcer la transparence du processus d'évaluation des risques et de prise de décision réglementaire tout en favorisant la mise au point d'innovations en biotechnologiques qui profitent aux Canadiens.
Le Sénat a apporté des amendements créant une exigence de détermination du besoin de nouveaux organismes. Cette approche proposée serait presque impossible à mettre en oeuvre.
Les résultats de ces consultations contribueront à l'amélioration du régime applicable aux nouveaux organismes et à l'approche de notre gouvernement en matière d'étiquetage. Néanmoins, je comprends que ces questions vous intéressent et j'écouterai vos délibérations pour guider les mesures de réglementation qui suivront nos consultations. Je vous demande de maintenir la nature habilitante et fondée sur le risque du projet de loi qui a fait du Canada un chef de file mondial en matière de gestion des produits chimiques.
[Français]
Chers députés, je compte sur votre appui pour que ce projet de loi entre en vigueur, afin que le gouvernement dispose des outils nécessaires pour mieux protéger la santé et l'environnement de tous les Canadiens et toutes les Canadiennes.
Le travail ne s'arrêtera pas là. Une fois ce projet de loi adopté, nous lancerons des initiatives de réglementation et de mise en œuvre, y compris l'élaboration du cadre de mise en œuvre du droit à un environnement sain, du plan des priorités sur les substances et du règlement sur les substances à risque élevé. De plus, nous procéderons à l'examen d'autres modifications législatives possibles à la LCPE pour nous assurer qu'elle reste pertinente dans le contexte des défis d'aujourd'hui.
Merci beaucoup.
Cela me fera plaisir de répondre à vos questions.
:
Merci, monsieur le ministre.
Je tiens à souligner que nous recevons également M. Greg Carreau, du ministère de la Santé, ainsi que trois représentants du ministère de l'Environnement que nous connaissons bien, soit M. John Moffet, Mme Laura Farquharson et Mme Jacqueline Gonçalves. Je leur souhaite la bienvenue à la réunion du Comité.
Nous commençons le premier tour de questions.
Monsieur Deltell, vous avez la parole.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je salue tous mes collègues ainsi que tous ceux et celles qui écoutent les débats actuellement. J'en profite pour m'excuser platement d'avoir retardé de quelques minutes le début de la réunion à cause des quelques difficultés techniques que j'ai eues.
Je tiens tout d'abord à saluer M. le ministre. C'est la première fois que nous avons la chance d'échanger directement sur ce sujet très important pour l'avenir du Canada et pour l'avenir de la planète, soit l'environnement. J'ai eu la chance et le privilège d'être nommé ministre du cabinet fantôme ou, autrement dit, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'environnement et de changement climatique. Je suis très honoré d'avoir la confiance du chef de mon parti à cet égard.
Je suis très heureux d'avoir l'occasion de débattre avec le ministre. Au Québec, c'est un homme que nous connaissons bien, pour de bonnes raisons. Il a eu une vie très active au sein du mouvement environnemental. Cela faisait de lui un activiste, et je n'utilise pas ce mot de manière péjorative. Bien au contraire, c'est un mot qui lui sied très bien. Quand une personne aussi active dans la société civile décide de faire le saut en politique active, c'est un gain pour tout le monde, mais encore faut-il que les bottines suivent les babines.
Au cours des derniers mois, on s'est retrouvé dans une situation où le ministre a donné le feu vert au projet d'exploitation de Bay du Nord, ce qui le mettait en contradiction avec ses anciens amis militants. Or, nous estimons que c'était la bonne chose à faire pour le Canada, et nous tenons à saluer cette décision.
Bien entendu, il y a d'autres décisions qui soulèvent des préoccupations pour nous, et nous aurons l'occasion d'en débattre au cours des prochains mois.
Pour les prochaines minutes, concentrons-nous sur le projet de loi .
Je tiens à rassurer le ministre et tout le monde: les conservateurs sont en faveur du principe de vivre dans un environnement sain. Nous constatons cependant, comme plusieurs autres, que les sénateurs ont soumis énormément d'amendements. De façon générale, il s'agit d'amendements mineurs avec lesquels nous pouvons composer. Par contre, il y a neuf amendements qui nous préoccupent sérieusement, et c'est là-dessus que j'aimerais échanger avec le ministre.
Fondamentalement, nous craignons dans certains cas que ces amendements entraînent des responsabilités, des efforts et de la bureaucratie en double et, par ailleurs, nous estimons que certaines situations ne sont pas assez claires.
J'aimerais attirer l'attention du ministre sur l'amendement no 10 adopté par le Sénat, qui introduit une nouvelle appellation, soit celle d'environnement vulnérable. De notre point de vue, il est très difficile de définir ce qui est vulnérable et ce qui ne l'est pas. D'aucuns pensent que tout est vulnérable et d'autres pensent que rien ne l'est, ou si peu. L'ajout de ce mot, par l'entremise de l'amendement no 10, ajoute une couche d'obscurité, parce qu'on ne va pas au fond des choses.
J'aimerais connaître l'opinion du ministre à ce sujet.
:
Tout d'abord, merci beaucoup de vos bons mots, monsieur le député. C'est un plaisir de travailler avec vous et de vous avoir comme ministre du cabinet fantôme, ou bien porte-parole de l'opposition officielle, c'est selon, comme vous l'avez si bien dit.
Pour répondre rapidement à votre question, je dirais que la notion d'environnement vulnérable serait effectivement difficile à définir. Par contre, la notion de population vulnérable est beaucoup plus facile à définir, à notre avis. La littérature scientifique est riche sur la question de l'exposition à la pollution. Il y a beaucoup de données démontrant que certaines populations, que ce soit au Canada ou ailleurs, sont exposées à la pollution de façon plus importante que le reste des populations, et ce, pour toutes sortes de raisons, parfois géographiques, parfois socioéconomiques.
Il y a donc une distinction à faire entre les notions d'environnement vulnérable et de population vulnérable. Je suis d'accord avec vous pour dire qu'un de ces concepts est difficilement définissable, mais l'autre peut être défini beaucoup plus facilement.
:
Comme je le disais, le concept de population vulnérable est de plus en plus défini dans la littérature scientifique sur la santé environnementale et en matière d'évaluation d'impact sur l'environnement.
Au cours des dernières années, nous avons réformé le processus d’évaluation environnementale au Canada pour le rendre à la fois plus transparent et plus prévisible. Vous avez cité, tout à l’heure, le projet de Bay du Nord. La décision concernant ce projet n’était pas facile pour moi, surtout du point de vue personnel, mais aussi du point de vue professionnel. Néanmoins, cette décision a été prise dans les délais prévus par la loi.
Je pense que nous sommes capables de mâcher de la gomme, de marcher et peut-être même de texter en même temps. Il faut donc s’assurer que l’introduction du concept de population vulnérable ne vient pas ralentir le processus d’évaluation environnementale et, ultimement, l’approbation de certains projets.
:
Merci beaucoup, madame Thompson.
Comme je l'ai dit, c'est la première fois que nous incluons cette notion en droit canadien, plus précisément dans la LCPE. Nous ne sommes pas le premier pays au monde à le faire, mais cela n'a pas été fait très souvent dans le monde. Nous ne sommes pas les premiers, mais nous sommes certainement parmi les premiers à le faire.
La signification du « droit à un environnement sain » sera précisée dans le cadre de mise en œuvre. Ce cadre sera mis au point dans les deux ans suivant la sanction royale, sur la base d'une consultation menée auprès des Canadiens: experts canadiens, organismes non gouvernementaux, provinces et territoires et partenaires autochtones, ainsi que le secteur privé. Le cadre de mise en œuvre établira comment le droit à un environnement sain sera pris en compte dans l'application de la Loi.
Le cadre précisera également des principes tels que la justice environnementale, c'est‑à‑dire l'évitement d'effets néfastes qui touchent de façon disproportionnée les populations vulnérables, et les enjeux liés à la « non-régression », pour assurer une amélioration continue de la protection de l'environnement.
L'amendement que le Sénat a apporté au projet de loi exige que le cadre de mise en œuvre traite aussi du principe de l'équité intergénérationnelle, des limites raisonnables auxquelles le droit est soumis et des mécanismes de soutien à la protection de ce droit.
Essentiellement, l'application de l'optique d'un droit à un environnement sain favoriserait et privilégierait des normes environnementales et sanitaires solides maintenant et dans l'avenir, des échanges solides avec les Canadiens et une nouvelle réflexion sur la façon de protéger les populations qui sont particulièrement vulnérables aux risques environnementaux et sanitaires.
Comme je le disais tout à l'heure à votre collègue, M. Deltell, et comme vous le savez bien, les connaissances scientifiques sur ces enjeux sont en constante évolution, alors je pense que nous essayons de mettre en place un processus permettant à notre réglementation d'évoluer elle aussi.
:
Oui. Je vous remercie de cette question.
Nous disposons déjà de mécanismes en vertu de la LCPE qui continueraient d'être à la disposition des gens pour répondre aux préoccupations concernant les dommages environnementaux. Dans la partie 2, la LCPE prévoit un régime solide pour la participation du public, les enquêtes sur les infractions et les mesures de protection de l'environnement. Il y a aussi des mesures visant à prévenir ou à compenser les pertes qui pourraient découler d'une conduite qui contrevient à la Loi, par exemple, contre un défendeur qui cause des dommages à l'environnement.
La reconnaissance d'un droit à un environnement sain établira une nouvelle optique pour la prise de décisions en vertu de la LCPE, ce qui assurera une amélioration progressive continue de la protection de tous les Canadiens et de l'environnement.
La signification de ce droit et la façon dont il sera pris en compte dans l'application de la Loi seront élaborées dans le cadre de la consultation, comme je l'ai dit, mais nous continuerons à utiliser les mécanismes prévus par la LCPE pour faire respecter ce droit.
Comme je l'ai dit, les populations vulnérables, qui comprennent les communautés racisées, peuvent être exposées de façon disproportionnée à des substances nocives ou en subir des effets négatifs en raison de facteurs comme l'état de santé, le statut socioéconomique, la géographie et les pratiques culturelles.
À cet égard, il est important de comprendre l'exposition réelle à plusieurs substances provenant de différentes sources, auxquelles les Canadiens sont exposés quotidiennement. Tel que présenté, le projet de loi proposait des modifications à la LCPE qui obligeraient le gouvernement à tenir compte des populations vulnérables et des effets cumulatifs lors de l'évaluation des risques, dans les cas où l'information est disponible.
Les amendements du Sénat ont ajouté l'obligation de tenir compte des environnements vulnérables. Les pouvoirs de collecte conférés par la LCPE permettraient au gouvernement d'obtenir des renseignements sur les populations vulnérables et les effets cumulatifs si des renseignements supplémentaires étaient nécessaires pour guider l'évaluation des risques.
Les modifications à la LCPE obligeraient aussi le gouvernement à mener des recherches sur la biosurveillance, lesquelles pourraient être liées aux populations vulnérables. La recherche sur la biosurveillance faciliterait la production de données supplémentaires sur les répercussions possibles de l'exposition à des substances nocives sur les populations vulnérables.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur le ministre, je vous remercie de votre présence, alors que nous sommes à l'aube de la COP15 et que vous avez certainement beaucoup de choses à faire.
Mes questions porteront sur le droit à un environnement sain.
Comme vous le savez certainement, l'ONU a appelé tous les États à prendre des mesures audacieuses pour la reconnaissance juridique du droit à un environnement sain. Le projet de loi que nous étudions aujourd'hui introduit en quelque sorte ce droit dans la Loi canadienne sur la protection de l'environnement. Cependant, le projet de loi propose de l'inscrire dans le préambule de la Loi, ce qui n'a pas la même portée que si c'était inscrit dans le corps même du texte de la Loi. Par exemple, dans la Charte des droits et libertés de la personne, au Québec, ce droit est inscrit directement dans un article.
Croyez-vous que l'inscription de ce droit dans le préambule de la Loi est à la hauteur de ce que la communauté internationale préconise actuellement?
:
Merci beaucoup de la question, madame Pauzé.
Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui, malgré la tenue imminente de la COP15.
Comme je le disais dans mon allocution d'ouverture, l'inscription de ce droit dans la Loi canadienne sur la protection de l'environnement constitue une première. Je pense que le fait que ce soit inscrit dans le préambule n'enlève rien à la portée de ce droit. Comme je le disais à votre collègue Mme Thompson, tous les outils qui existent en vertu de la LCPE serviront à la mise en œuvre de ce droit.
Une fois que le projet de loi sera adopté, nous nous allouerons une période de deux ans pour définir concrètement comment tout cela va s'opérationnaliser. C'est quelque chose de tout à fait normal. La loi définit le cadre et, par la suite, la réglementation définit la mise en application ou l'opérationnalisation. C'est normal de procéder de cette façon.
:
Madame Pauzé, la population aura véritablement droit à un environnement sain une fois que le projet de loi aura été adopté. Je répète que tous les outils qui existent présentement dans la LCPE serviront à l'opérationnalisation du droit à un environnement sain.
À mon avis, les amendements que nous avons proposés et, dans certains cas, ceux proposés par le Sénat permettent de faire plusieurs avancées importantes. Tout à l'heure, on a parlé des populations vulnérables avec votre collègue Mme Thompson. C'est une avancée extrêmement importante en droit de l'environnement au Canada.
Je l'ai dit tout à l'heure et je le répète: nous sommes tout à fait disposés à nous pencher sur tous les amendements que vos collègues et vous allez proposer pour que le projet de loi soit le meilleur possible.
:
Nous aurons effectivement quelques amendements à proposer.
Tantôt, j'étais très heureuse de vous entendre dire, dans votre allocution d'ouverture, que des équipes étaient déjà à l'œuvre pour entreprendre la réforme de la Loi et que certaines choses étaient en cours. Nous en avions d'ailleurs parlé lors d'une rencontre tenue au mois de décembre 2021.
Vous avez également expliqué les motivations pour lesquelles cela devait passer par le Sénat, et c'était très pertinent. Les sénateurs ont commencé l'étude en février et je crois qu'ils l'ont terminée en juin. Après des semaines d'étude, de témoignages et de réflexions, les sénateurs ont quand même critiqué la rapidité à laquelle ils avaient dû travailler. On demande effectivement un processus rigoureux, alors plusieurs observateurs s'expliquent mal le rythme du calendrier actuel du Comité.
J'ai en main des communications écrites par l'organisme Prevent Cancer Now, par M. Castrilli, qui a témoigné devant notre comité, et par la directrice de l'organisme Canadian Educators for Safe Technology. Ils nous implorent de prendre le temps nécessaire, 20 ans plus tard, pour nous assurer que c'est rigoureux. Cependant, on nous pousse dans le dos actuellement.
Qu'avez-vous à dire à tous les gens qui nous appellent ou qui nous envoient des courriels pour nous dire que le processus va trop vite?
:
Merci, monsieur le président, et merci au ministre d'être ici.
Je dirais que vous faites fausse route en parlant de la robustesse des mécanismes d'application actuels de la LCPE. Nous avons clairement besoin de moderniser les mécanismes d'application de la LCPE.
Je voulais vous interroger explicitement sur l'étiquetage des substances dangereuses et des produits de consommation. À mon avis, nous avons besoin d'un étiquetage obligatoire, quelque chose qui fournit des renseignements sur les substances et les produits dangereux et qui assure une plus grande transparence pour le droit de savoir des consommateurs.
Je tiens à signaler aussi que je me suis entretenue avec la directrice exécutive du Women's Healthy Environments Network qui m'a parlé de manière très convaincante de la nécessité d'un étiquetage explicite lorsque des produits ont un effet disproportionné sur les femmes et d'autres populations vulnérables.
Le talc a été associé au cancer de l'ovaire, mais aucune étiquette n'avertit les consommateurs, en particulier les femmes et les personnes ayant des ovaires, des préjudices potentiels et disproportionnés.
J'aimerais savoir ce que vous pensez de la façon dont nous pourrions améliorer ce projet de loi pour assurer un étiquetage obligatoire afin de protéger les consommateurs.
:
Je ne suis pas d'accord avec votre façon de présenter les modifications que nous proposons.
Pour la toute première fois, nous proposons de tenir compte des populations vulnérables. Nous proposons de tenir compte des effets cumulatifs. Comme vous le savez, le système de gestion de la qualité de l'air est un système de collaboration qui a été mis en place en 2012 et dans le cadre duquel les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont tous convenu de rôles et de responsabilités précis.
Nous fonctionnons dans ce cadre, mais je pense que les modifications proposées par le gouvernement ou le Sénat représenteront un progrès considérable en ce qui concerne la qualité de l'air et de sa gestion.
:
À la lecture du projet de loi, ce n'est pas très clair, dans mon esprit, que ce soit le cas. J'espère que le cadre de mise en œuvre y apportera des précisions, mais je ne le vois pas dans le projet de loi lui-même.
J'aimerais également poser une question sur le paragraphe 2(6).
Nature Canada a été catégorique: à moins que nous ne changions les règles actuelles, c'est‑à‑dire la Loi et les règlements qui en découlent, nous verrons davantage d'organismes génétiquement modifiés s'échapper dans la nature. Selon l'organisme, la nature étant déjà à bout de souffle, les espèces sauvages n'ont pas besoin de cette nouvelle menace pour leur survie.
Nautre Canada a proposé plusieurs amendements et j'aimerais en souligner quelques-uns, notamment en ce qui concerne la consultation des communautés autochtones.
Comme le Canada a été le premier pays où les consommateurs ont mangé du saumon génétiquement modifié, parfois à leur insu, et compte tenu de l'importance du saumon pour un si grand nombre de Premières Nations — en particulier là où je vis, sur la côte Ouest de la mer de Salish — convenez-vous que nous devons mettre à jour le paragraphe 2(6) pour nous assurer que ce genre de consultation a lieu et que le public a la possibilité de participer à ces évaluations de façon plus générale ?
:
Merci, monsieur le président.
Bonjour, monsieur le ministre.
C'est la première fois que vous comparaissez devant ce comité depuis le récent changement apporté à sa composition, du côté de mes collègues conservateurs. Nous sommes ici pour reconnaître vos efforts et pour voir si nous sommes d'accord sur ce que vous dites.
[Traduction]
Tout d'abord, je tiens à parler de ce dont vous avez traité dans votre déclaration liminaire.
Vous avez parlé des modifications proposées par le Sénat et du fait que ce ne sont pas les éléments qu'il faut insérer dans le projet de loi. Pouvez-vous nous donner rapidement quelques exemples des modifications que nous devrions apporter, selon vous, pour nous assurer que ce projet de loi fonctionne bien?
:
D'abord, je vous remercie de vos commentaires en français.
[Traduction]
C'est la première fois que j'ai le plaisir de rencontrer certains d'entre vous. Ce n'est évidemment pas la première fois que je témoigne devant le comité de l'environnement.
Dans ma déclaration liminaire, j'ai évoqué explicitement certaines modifications du Sénat qui proposent de créer des exigences pour déterminer la nécessité d'un nouvel organisme. C'est un exemple de la difficulté que nous avons, le ministère et moi-même, à voir comment il serait possible de rendre opérationnelle une telle exigence.
Comme je l'ai dit, je pense que nous sommes tous d'accord sur de nombreuses modifications. Nous aimerions en changer certaines, mais c'est quelque chose...
:
D'accord. Nous y reviendrons plus tard. Merci, monsieur le ministre.
Je suis curieux d'une chose. L'article 9 élargit vos pouvoirs de collecte de renseignements, tels qu'ils sont énoncés au paragraphe 46(1), de façon à inclure les « produits contenant » ou « susceptibles de rejeter [...] dans l'environnement » une « substance qui est toxique » ou susceptible de le devenir, et « les activités qui peuvent contribuer à la pollution; la fracturation hydraulique; [et] les bassins de résidus ».
Monsieur le ministre, pour parler franchement, vous et votre gouvernement — vous en particulier — avez fait plusieurs efforts pour vous immiscer dans des compétences provinciales. S'agit‑il d'une autre tentative de réglementer à l'échelle provinciale, ou...
:
Merci, monsieur le président.
Je vais poursuivre en anglais parce qu'il est probablement plus difficile de comprendre mon français avec une mauvaise connexion Internet.
Vous avez beaucoup parlé du nouveau plan de gestion des produits chimiques, de la priorité qui lui est accordée et de ce qui se passe à cet égard. Cependant, avant de poser ma question, je tiens également à vous remercier, vous et votre ministère, pour le leadership dont vous faites preuve en vue de réduire le besoin d'expérimentation sur les animaux et pour les efforts que vous déployez à cet égard. Je pense que c'est très important et je vous en suis très reconnaissante.
Ma question porte sur l'évaluation et la réévaluation des produits chimiques. Je suppose qu'ils sont couverts par les normes plus élevées prévues dans le projet de loi . J'aimerais simplement que vous nous disiez en quoi elles consistent et quels avantages précis découleront de ce plan amélioré de gestion des produits chimiques, à votre avis.
:
Je vous remercie de vos bons mots, et je vous remercie de cette question importante.
L'un des modifications proposées dans ce projet de loi concerne la modernisation de la gestion des produits chimiques et d'autres substances. Je n'ai pas tendance à utiliser l'expression « chef de file » à la légère, mais comme je l'ai dit, nous sommes reconnus comme un chef de file mondial en matière de gestion des produits chimiques. En fait, je rencontre souvent certains de mes homologues dans différents pays qui veulent apprendre de l'expérience du Canada.
Comme je l'ai dit, nous avons terminé 98,5 % des quelque 4 600 substances qui ont été répertoriées et je suis heureux de confirmer que les réévaluations seront elles aussi tenues à ce niveau de rigueur dans le processus d'évaluation à venir, une fois que le projet de loi sera adopté.
Il y a un avantage environnemental évident pour les Canadiens à s'assurer que les produits chimiques évalués en vertu de la Loi seront tenus de respecter les normes environnementales les plus élevées, tant lors de l'évaluation initiale que de la réévaluation. C'est manifestement un progrès.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur le ministre, je vais revenir sur la question que j'ai soulevée tantôt. Je veux parler du calendrier actuel des élus, et non de celui du Sénat. Les sénateurs ont eu leur calendrier; moi, je parle de notre calendrier à nous, les élus, à ce comité-ci.
Le 29 octobre, le ministère a publié un avis d'intention sur l'étiquetage des produits contenant des substances toxiques. Estimant qu'il est important que les Canadiens soient consultés, on demande aux gens de répondre d'ici au 12 janvier. Par ailleurs, une consultation a été lancée sur le Règlement sur les renseignements concernant les substances nouvelles (organismes). Cela touche donc la partie 6 de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement. Nous en connaîtrons les résultats le 5 décembre, date à laquelle elle prendra fin, alors que nous devons soumettre nos amendements d'ici au 6 décembre.
Qu'avez-vous à dire à tous ces observateurs qui s'expliquent mal le rythme du calendrier actuel?
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie le ministre d'être parmi nous et de rester encore quelques minutes avec nous.
Je pense qu'il est important que nous maintenions l'approche fondée sur le risque dans notre prise de décisions et que nous gardions la science comme fondement de ce sur quoi nous travaillons.
Dans votre déclaration, vous avez évoqué le fait d'éviter l'appel à un besoin démontrable de nouveaux organismes vivants. Je pense aux travaux de recherche de l'Université de Guelph qui utilise la technologie CRISPR et d'autres plateformes d'édition de gènes pour améliorer la vie par des filières génétiques. Le système CRISPR‑Cas9 antimicrobien qu'ils utilisent est un exemple de tentative d'améliorer la vie des animaux et de défense contre la résistance antimicrobienne dans leurs gènes, puisque nous consommons des animaux lorsque nous mangeons.
Compte tenu de la complexité de cet enjeu, ainsi que de certains points soulevés par Mme Collins, comment le gouvernement prend‑il en compte les enjeux relatifs aux organismes génétiquement modifiés.
:
Je vais peut-être me lancer. Peut-être que M. Moffet n'est pas disponible pour l'instant, alors je peux commencer.
La liste de surveillance est l'une des options à la fin de l'évaluation d'une substance pour déterminer s'il y a un danger pour l'environnement ou la santé humaine. Il y a quatre options par la suite.
La substance peut être inscrite à l'annexe 1, et l'une des options proposées est de l'inscrire sur la liste de surveillance. L'idée est que ce serait l'une des façons d'utiliser la liste de surveillance. Après évaluation, si on estime que les propriétés de la substance sont dangereuses, mais que l'exposition est telle qu'il n'y a pas de risque pour le moment et qu'elle devrait être inscrite à l'annexe 1 pour être gérée officiellement, alors cette substance pourrait être inscrite sur la liste de surveillance. Il s'agit d'une liste regroupée de substances qui indique essentiellement que ces substances ne sont pas toxiques pour le moment, mais qu'elles peuvent être réévaluées et se révéler toxiques si, par exemple, l'exposition change.
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Je peux peut-être répondre à cette question.
Je suis John Moffet, le sous-ministre adjoint de la Direction générale de la protection de l'environnement à Environnement et Changement climatique Canada.
Il y a deux parties à votre question. La première concerne les 98 % et la deuxième concerne ce que nous améliorons.
Tout d'abord, en réalité, nous ne sommes pas lents. Nous sommes le pays le plus rapide au monde pour l'évaluation de toutes les substances commercialisées dans les années 1980. Aucun autre pays ne s'est approché de notre bilan.
Nous avons examiné toutes les substances commercialisées et nous nous sommes dit que nous n'avions pas de régime nous interdisant de les utiliser tant que nous n'avions pas prouvé qu'elles étaient sûres, car elles étaient déjà là, alors qu'allions-nous faire? Tous les pays du monde ont dû composer avec la même question. Comme je l'ai dit, nous sommes allés plus loin et plus vite que tout autre pays dans l'examen de cette liste de substances.
Même si nous avons presque terminé cette liste, nous sommes conscients que le travail n'est pas terminé. Ce n'est pas seulement parce qu'il nous reste un petit nombre de ces substances, mais parce que de nombreuses nouvelles substances sont introduites et créées en permanence. Certaines d'entre elles sont introduites et utilisées de différentes façons.
Grâce à l'évolution de la science, nous savons aussi que les substances peuvent avoir des effets synergiques différents lorsqu'elles sont utilisées ensemble et qu'elles sont combinées à d'autres substances dans l'atmosphère, dans le corps ou dans les produits. Nous évoluons maintenant vers ce type de science plus complexe. Nous n'examinons pas seulement les différentes substances, mais une combinaison de substances et différentes utilisations des substances.
De plus, comme le ministre l'a expliqué, nous mettons davantage l'accent non seulement sur les impacts génériques, mais sur les impacts à l'échelle du Canada et des différentes populations et des différentes personnes, afin de porter une attention particulière aux membres les plus vulnérables de la société.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie les fonctionnaires de leur présence et du travail très important qu'ils font.
[Traduction]
La première question que j'aimerais poser est liée aux délais, donc cette question s'adresse peut-être à Mme Gonçalves.
Je crois comprendre, après avoir parlé avec de nombreuses parties prenantes, qu'elles sont préoccupées par le délai entre la version ébauche et la version définitive des évaluations des risques.
J'espère que vous pourrez expliquer au Comité les raisons pour lesquelles ces évaluations des risques sont généralement retardées. Que faudrait‑il faire pour s'assurer que ces évaluations définitives sont toujours effectuées en temps opportun?
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Je vous remercie de cette question.
Comme beaucoup d'entre vous le savent, l'élaboration d'évaluations des risques est un processus qui repose lourdement sur les données et, bien sûr, nous effectuons toutes les évaluations en collaboration avec nos collègues de Santé Canada.
L'examen des données sur la santé et sur l'environnement pour déterminer les risques prend du temps. Lorsque nous publions une version ébauche, il arrive que de nouveaux renseignements ressortent durant la période de consultation publique sur ces projets d'évaluation. Ce sont parfois de nouvelles données ou de nouvelles études, et nous devons les prendre en compte. Selon ce que nous dit le public, il peut arriver que nous devions réexaminer la façon dont nous avons réalisé nos modèles d'exposition et d'autres choses de cette nature.
Parfois, d'autres administrations mènent elles aussi des études ou des évaluations sur des substances analogues, et parfois nous devons prendre en compte les nouveaux renseignements générés dans ces autres administrations avant de pouvoir conclure notre évaluation, pour nous assurer que notre étude a été suffisamment exhaustive. Il y a un certain nombre de raisons différentes pour lesquelles le délai entre l'évaluation ébauche et l'évaluation définitive peut parfois être long.
J'espère avoir répondu à votre question.
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Je peux peut-être intervenir — excusez-moi, madame Gonçalves — puis nous pourrons nous tourner vers elle et M. Carreau.
Tout d'abord, il est probablement important de reconnaître le contexte ici. En réponse à une question précédente, j'ai expliqué qu'il y a près de 15 ans, nous avons élaboré un plan pour examiner les milliers de substances qui étaient commercialisées dans les années 1980 et qui n'avaient pas été soumises au régime des nouvelles substances. Ce plan que nous avons élaboré était strictement fondé sur une politique. Nous avons publié des échéanciers sur cinq ans, puis nous les avons répétés tous les cinq ans.
Ce que nous disons maintenant dans ce projet de loi, c'est que, puisque nous entreprenons un régime différent et que nous examinons différentes substances sous des angles différents, il faut prévoir une disposition dans la loi qui oblige les ministres à publier un plan. Ils seront tenus de publier ce plan dans les deux ans suivant l'adoption du projet de loi, puis ils devront rendre compte de sa mise en œuvre et le renouveler de temps à autre. L'obligation d'avoir un plan sera très explicite. Ce plan devra inclure les attentes et les échéances.
Cela dit, pour revenir au point soulevé plus tôt par Mme Gonçalves, le gouvernement est d'avis qu'il ne serait pas approprié de prescrire des échéanciers qui s'appliqueraient à toutes les évaluations des risques, étant donné la grande variété de complexités associées aux différentes évaluations.
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Merci, monsieur le président.
Je joins ma voix à celle de mes collègues pour remercier tous les fonctionnaires qui sont parmi nous en ce vendredi après-midi.
Sans m'adresser à une personne en particulier, j'aimerais revenir sur une question que j'ai posée tantôt au ministre.
Il y a déjà la consultation à propos des substances qui seraient comprises dans les substances biotechnologiques animées dont il est question à la partie 6 de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement. Cette consultation se termine le 5 décembre.
J'aimerais revenir plus particulièrement sur l'avis d'intention sur l'étiquetage des produits contenant des substances toxiques. Dans cet avis, on précise que « les Canadiens méritent de savoir quelles substances se trouvent dans les produits qu'ils achètent et utilisent dans leur vie quotidienne, que ce soit à la maison ou au travail, surtout si ces substances peuvent avoir des répercussions sur l'environnement ou la santé humaine ». Les gens ont jusqu'au 12 janvier pour participer au processus.
Ce qui suit est, à mon avis, encore plus intéressant. On précise qu'après la fermeture des consultations, il y aura la publication d'une stratégie qui portera sur la transparence de la chaîne d'approvisionnement et l'étiquetage des produits contenant des substances. Cette stratégie contiendra des mesures pour améliorer l'accès aux renseignements concernant les substances chimiques, et ce, dans l'intérêt des consommateurs, des entreprises et du gouvernement. Il se peut que ces mesures comprennent des lois ou des règlements ainsi que des initiatives volontaires et collaboratives.
De toute évidence, le contenu de cet avis se rapporte au projet de loi qui est devant nous, et l'étude que nous sommes en train d'effectuer se superpose aux démarches entreprises par le ministère de l'Environnement.
Comment est-ce qu'on peut recueillir les commentaires du public jusqu'au 12 janvier et étudier le projet de loi en comité en vue de le finaliser avant même d'avoir le bilan de ces consultations? À quelles fins cet avis est-il publié, exactement? Il m'apparaît un peu irresponsable que le Comité doive étudier le projet de loi dans la célérité, alors que l'avis publié le 29 octobre est directement lié à des dispositions de ce projet de loi. Alors, je vous demanderais cordialement de me clarifier par écrit le processus. Selon moi, ce serait un message empreint de considération et de respect pour toutes les personnes qui ont travaillé sur le projet de loi .
Nous avons reçu des témoins qui visaient une approche de déréglementation. Il s'agissait de gens de l'industrie, bien sûr. On n'hésite pas à vanter les vertus de la loi canadienne et de faire des déclarations un peu erronées sur les processus du règlement européen REACH. Je précise que l'approche générique voulue par le règlement européen REACH était rapportée de la façon suivante, au printemps 2022, par le journal Le Monde:
Une évolution majeure qui permettra d'introduire des interdictions par groupe de substances, sans avoir besoin de démontrer un risque inacceptable pour chaque substance, comme c'est le cas aujourd'hui. [...]
[...] Le Bureau européen de l'environnement (BEE), qui fédère plus de 140 organisations à l'échelle de l'[Union européenne], estime [...] [qu'entre] 4000 et 7000 substances devraient être interdites d'ici à 2030.
On est donc vraiment dans un processus accéléré pour interdire des substances qui pourraient être dommageables à la santé ou à l'environnement.
Pourquoi cette approche n'est-elle pas appliquée ici, au Canada?
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Je peux peut-être commencer.
Il y a essentiellement deux questions. L'une porte sur l'étiquetage et l'autre sur ce que nous appellerions une approche par classe.
Nous pensons qu'il n'y a pas de contradiction entre le processus de consultation en cours sur l'étiquetage et les amendements au projet de loi, car la LCPE autorise déjà le recours à l'imposition d'exigences en matière d'étiquetage. En effet, nous avons déjà imposé des exigences d'étiquetage à l'égard de diverses substances dans divers produits.
La vraie question est de savoir dans quelles circonstances nous devrons dorénavant exiger l'étiquetage. Pour quelles substances, dans quels produits, pouvons-nous être plus...
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Merci, monsieur le président.
Je tiens à remercier les hauts fonctionnaires qui ont travaillé sur ce projet de loi. C'est un projet de loi important, et il a déjà été examiné par le Sénat. Je sais que vous avez travaillé très fort.
J'ai un certain nombre de questions. La première concerne le droit à un environnement sain.
C'est une étape historique et importante au Canada. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est si important de bien faire les choses. Nous avons entendu les parties prenantes. Nous avons entendu un certain nombre de témoins qui approuvent l'amendement du Sénat qui a corrigé certains des termes problématiques de la formulation initiale, mais il devrait y avoir un changement semblable dans le cas des exigences du cadre de mise en oeuvre.
J'aimerais entendre vos opinions. Voici en particulier ce que ces témoins soutiennent: « La loi ne devrait pas présupposer que la prise en compte des facteurs sociaux, sanitaires, scientifiques et économiques justifiera toujours la limitation du droit. »
En vertu de la LCPE, s'il faut divulguer des renseignements commerciaux confidentiels, la demande est examinée de près. Si ces renseignements doivent être divulgués, ils le seront, à condition que ce soit dans l'intérêt public de le faire.
En ce qui concerne l'exigence d'un examen minutieux et le renversement de la présomption, je pense que nous devons séparer... Cela n'aurait aucun sens dans de nombreuses situations. Le ministère reçoit un grand nombre de renseignements commerciaux confidentiels, mais ils ne sont pas tous publiés immédiatement. Nous ne voudrions pas d'un processus qui, au départ, nous oblige à créer une sorte de bureaucratie pour examiner toutes les demandes.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
J'offre mes salutations à tous les fonctionnaires du ministère qui participent à ce comité parlementaire.
D'entrée de jeu, je tiens à dire que j'ai toujours eu énormément de respect pour tous les fonctionnaires qui viennent témoigner en comité parlementaire. Ils ont la tâche de fournir des explications de façon neutre et objective dans un forum qui se veut ultra-partisan, du fait qu'il rassemble des gens de toutes les couleurs politiques.
Je profite de leur présence pour saluer tous les employés de l'État qui servent avec honneur et dignité notre pays et le gouvernement canadien, quelle qu'en soit la couleur politique.
[Traduction]
Tout à l'heure, pendant le témoignage du ministre, j'ai souligné certaines de nos préoccupations concernant le double emploi, la paperasserie et le manque de clarté de certains amendements déposés par les sénateurs.
[Français]
Messieurs, mesdames, j'aimerais vous poser les questions que j'ai posées précédemment au ministre concernant certains amendements proposés par le Sénat.
Tout d'abord, regardons l'amendement no 10, qui parle d'un environnement vulnérable.
À votre connaissance, ce terme mériterait-il d'être davantage expliqué, détaillé et chiffré, pour qu'il y ait plus de certitude quant à sa signification, plutôt que d'être laissé dans un espace flou ouvert à l'interprétation?
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Merci d'avoir soulevé cette question.
Vous verrez que nous avons expliqué au Sénat que ce terme serait nouveau et qu'il faudrait le définir. Sinon, nous pensons qu'il serait difficile de le définir... Comme il s'agit d'un terme nouveau, il pourrait être difficile à définir dans une loi. C'est peut-être un terme qui doit évoluer avec le temps.
Il faudrait certainement travailler sur les politiques afin que les Canadiens et les entreprises touchés par la loi et les activités entreprises en vertu de la loi aient une certaine certitude et une certaine prévisibilité quant à la façon dont nous utilisons le terme.
Encore une fois, brièvement, je pense que nous attendons avec hâte la poursuite du débat sur le terme et la pertinence de l'inclure dans le projet de loi.
:
C'est une question très importante.
Ce projet de loi répond clairement à certaines des recommandations des comités précédents. Comme l'a expliqué le , il comporte deux volets: d'une part, l'introduction du droit à un environnement sain et, d'autre part, l'amélioration des dispositions relatives à la gestion des produits chimiques au Canada.
Nous reconnaissons pleinement que les comités ont relevé des points à améliorer dans d'autres parties du projet de loi. Le gouvernement a explicitement établi, dès le dépôt du projet de loi, que celui‑ci n'aborde pas ces points, non pas parce que le gouvernement s'en désintéresse, mais parce qu'il a choisi de présenter un ensemble relativement restreint et gérable.
Le gouvernement a également exprimé son intention de faire suivre cet ensemble d'autres séries d'amendements à l'avenir. Je pense qu'il nous incombera de les présenter de telle sorte qu'ils sont fondés sur des thèmes et que l'on peut en parler, en débattre et les envisager comme tels. Nous ne prétendons pas qu'il s'agit ici de tous les amendements que le gouvernement appuie ou qui sont nécessaires, mais ceux‑ci sont importants et peuvent être traités dès maintenant.
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Merci beaucoup de cette question.
Les modifications proposées dans le projet de loi concernant la Loi sur les aliments et drogues concilient le régime actuel, dans lequel les évaluations sont effectuées à la fois au titre de la Loi sur les aliments et drogues pour les produits pharmaceutiques et certains produits chimiques et au titre de la LCPE pour l'évaluation environnementale.
La proposition vise à concilier les possibilités de double emploi pour permettre une évaluation complète, tant du point de vue de la santé humaine qu'environnementale, au titre de la Loi sur les aliments et drogues, ce qui se traduira par des gains d'efficacité tant pour l'industrie que pour le gouvernement.
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C'est un problème permanent pour la direction de tous les ministères, y compris ceux de l'environnement et de la santé.
Les modifications apportées à la loi sont en grande partie — pas exclusivement, mais en grande partie — habilitantes. Il y a quelques nouvelles exigences obligatoires, comme l'obligation d'élaborer un plan de gestion des produits chimiques et un cadre de mise en oeuvre du droit à un environnement sain.
Essentiellement, une fois une loi adoptée, nous procédons à un examen interne des ressources dont nous disposons et en évaluons l'adéquation. Ensuite, s'il y a lieu, nous présentons une demande de ressources supplémentaires au ministère des Finances.
C'est quelque chose qui se fait de façon continue, et c'est certainement quelque chose qui se fera une fois que ce projet de loi sera mis en oeuvre. Pour l'instant, je ne pense pas que nous puissions nous prononcer officiellement sur un besoin éventuel en ressources supplémentaires.
:
Je ne pense pas qu'il y ait une grande différence entre les pays développés dans l'approche qu'ils adoptent.
Les expressions que vous entendrez au fil des débats sur ce projet de loi sont « fondée sur le risque » et « fondée sur le danger ».
Une approche purement fondée sur le danger examine une substance ou un groupe de substances et se demande si, dans l'abstrait, la substance possède des caractéristiques qui pourraient, dans certaines circonstances, nuire à la santé de l'environnement ou des humains.
Une approche fondée sur le risque commence par l'évaluation du danger, mais demande ensuite comment la substance est utilisée. Selon la façon dont elle est utilisée, une exposition est-elle possible ou probable? S'il n'y a pas d'exposition, il n'y a pas de risque; c'est l'approche fondée sur le risque. Elle compare les caractéristiques dangereuses d'une substance à son utilisation actuelle et éventuelle.
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Merci, monsieur le président.
Monsieur Moffet, en réponse à l'une des autres questions, vous avez dit qu'il ne fallait pas se précipiter vers des solutions législatives en ce qui concerne les organismes vivants, partie 6, et je ne dirais pas que le fait que le gouvernement ait eu 23 ans pour entreprendre un examen de ces règlements, une attente de 23 ans, constitue une démarche précipitée vers des solutions législatives.
Je crains que le gouvernement ne se serve de cet examen pour éviter de corriger ce texte législatif, et je pense que beaucoup d'intervenants s'inquiètent de cet aspect. Je suis curieuse de savoir comment vous répondez à ces préoccupations, surtout en ce qui concerne la participation du public à l'évaluation et aux décisions.
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Je pense que le ministre en a décrit quelques-uns dans son discours.
Dans la partie 2 de la LCPE, il existe déjà des possibilités pour le public d'intenter des poursuites et de demander des enquêtes, donc il s'agirait de demander une enquête au ministre lorsque quelqu'un pense qu'il y a eu infraction au titre de la loi. Si la personne peut dire que le ministre n'a pas répondu de manière raisonnable, elle peut alors aller de l'avant sans la poursuite de cette infraction à la loi.
D'autres dispositions de cette partie permettent à une personne d'intenter une poursuite au civil en dommages-intérêts si la contravention lui a causé des préjudices, ou encore demander une injonction.
Ce sont là quelques-uns des mécanismes qui existent pour faire respecter la loi et donc le droit à un environnement sain.
Je tiens à ajouter qu'en plus de ce que nous considérons comme des mécanismes judiciaires, il existe également des mécanismes visant la transparence et la responsabilité. Le fait que le cadre de mise en œuvre soit public et que sa mise en œuvre doit faire l'objet d'un rapport est ce qui contribue réellement à encourager le respect de la loi et à obtenir un changement dans la façon de penser et de prendre des décisions.
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Merci, monsieur Weiler.
J'ai posé un certain nombre de questions à notre délégation sur les dispositions de la loi relatives aux renseignements commerciaux confidentiels et sur l'accroissement de la confiance du public. Est‑ce que l'un des hauts fonctionnaires a des idées pour améliorer cela?
Mme Collins n'a pas obtenu une réponse complète à sa question sur l'audit sélectif. Le commissaire à l'environnement et au développement durable aurait‑il un rôle à jouer?
Comment pouvons-nous accroître la confiance dans le fait qu'il s'agit bien de renseignements commerciaux confidentiels? Je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que c'est très important pour protéger l'innovation et la propriété intellectuelle et pour assurer le progrès de la société.
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C'est une question importante.
Je dirais que certains amendements ont été apportés au projet de loi pour rendre le régime plus fluide et équilibrer la transparence et la protection de la confidentialité. Maintenant, si le projet de loi est adopté, les entités fournissant des renseignements qui revendiquent la confidentialité seraient tenues de fournir les raisons de cette confidentialité. Grâce à ces raisons, il sera plus facile pour les ministères d'en déterminer la validité et de divulguer les renseignements.
Il y a également des changements aux dispositions qui permettent le masquage de noms. Parfois, même le nom de la substance est masqué pour permettre l'innovation et protéger l'avantage concurrentiel. Maintenant, avec les amendements, il y aura une présomption, qui pourrait être réfutée, qu'après 10 ans, le nom pourrait être démasqué. Si la substance est inscrite à l'annexe 1 et que l'on découvre qu'elle est toxique, elle pourrait être démasquée, ou si elle fait l'objet d'une gestion des risques, elle pourrait être démasquée.
Ce sont là des exemples.