:
Je déclare la séance ouverte.
Bienvenue à la 12e réunion du Comité spécial de la Chambre des communes sur l'Afghanistan, créé conformément à l'ordre de la Chambre du 8 décembre 2021.
La réunion d'aujourd'hui se déroule en mode hybride, conformément à l'ordre de la Chambre du 25 novembre 2021.
Je demande à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir suivre les recommandations des autorités de la santé publique ainsi que la directive du Bureau de régie interne du 19 octobre 2021 pour demeurer en santé et en sécurité.
Veuillez me signaler tout problème technique qui pourrait surgir. Il nous faudra peut-être suspendre la séance pendant quelques minutes pour nous assurer que tous nos députés et nos témoins peuvent participer pleinement.
Je souhaite la bienvenue à la ministre de la Défense nationale, Mme Anita Anand.
La ministre est accompagnée de fonctionnaires du ministère de la Défense nationale. Nous accueillons Bill Matthews, sous-ministre de la Défense; le général Wayne Eyre, chef d'état-major des Forces armées canadiennes; le vice-amiral J. Robert Auchterlonie, commandant du Commandement des opérations interarmées du Canada; le major-général Steve Boivin, commandant du Commandement des Forces d'opérations spéciales du Canada, et le lieutenant-général Edward Meinzinger, commandant de l'Aviation royale canadienne.
Soyez les bienvenus.
Madame Anand, je crois comprendre que vous serez ici pour la première heure, et que les fonctionnaires resteront pour la deuxième heure. C'est bien cela?
Merci.
Madame Anand, vous avez cinq minutes pour faire votre déclaration préliminaire, après quoi nous passerons à la période de questions.
Je conseille à tous les députés de respecter leur temps de parole et de se chronométrer au besoin. Je ne tiens pas à devoir vous interrompre au beau milieu d'une conversation importante avec la ministre. Merci.
Sur ce, au nom de tous les membres du Comité, je souhaite de nouveau la bienvenue à la ministre Anand. Vous avez la parole pour cinq minutes. Allez‑y, je vous en prie.
:
Je vous remercie beaucoup, monsieur le président.
Membres du Comité spécial sur l'Afghanistan, je vous remercie de me donner l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui.
[Traduction]
De 2001 à 2014, environ 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont servi en Afghanistan. Malheureusement, 158 soldats y ont perdu la vie. Sept ans plus tard, alors que les talibans ont repris le contrôle de la majeure partie du pays, les citoyens canadiens vivant en Afghanistan et des ressortissants afghans qui avaient soutenu le Canada pendant la guerre se sont trouvés dans une situation vulnérable.
[Français]
Nous savions que nous devions agir afin d'aider ceux qui nous ont aidés pendant de nombreuses années.
[Traduction]
En réponse à cette crise, le 23 juillet 2021, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a lancé des mesures spéciales en matière d'immigration pour les Afghans ayant un lien important ou durable avec le Canada.
[Français]
Ce programme spécial vise à réinstaller 18 000 personnes. C'est l'un des trois programmes visant à réinstaller au moins 40 000 réfugiés afghans.
[Traduction]
Les candidats admissibles sont des personnes qui ont soutenu le Canada pendant la guerre, dont des interprètes, du personnel d'entretien ménager et des cuisiniers.
[Français]
Ils sont tous susceptibles de subir des représailles en raison de leur relation avec les Forces armées canadiennes.
[Traduction]
L'équipe de la Défense a aidé Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, IRCC, en confirmant le lien entre les demandeurs et les Forces armées canadiennes d'après d'anciens relevés d'emploi. De plus, des membres actuels et anciens des forces armées ont aidé à confirmer l'identité des demandeurs qui les avaient nommés comme références. Grâce à ces efforts, nous avons pu soutenir l'initiative ministérielle visant à réinstaller au moins 40 000 Afghans vulnérables.
[Français]
Pendant que nous travaillions à confirmer les demandes ici au Canada, des membres des Forces armées canadiennes étaient également déployés en Afghanistan dans le cadre de l'opération Aegis.
Avant même que Kaboul ne passe aux mains des talibans, la situation sur le terrain était extrêmement difficile.
L'ancien gouvernement afghan craignait qu'un exode de la population soit le signe d'un manque de confiance de la part de ses citoyens.
[Traduction]
Les autorités ont limité le nombre d'avions étrangers autorisés à atterrir à l'aéroport international Hamid Karzai, et n'ont pas mis en place les supports bureaucratiques adéquats pour permettre aux civils d'obtenir facilement les documents qu'il leur fallait pour pouvoir quitter le pays. Lorsque les talibans ont pris le pouvoir, la situation est devenue encore plus critique. Très rapidement, un million d'Afghans déplacés à l'intérieur du pays se sont retrouvés coincés dans la capitale, cherchant désespérément à s'échapper. La mission des forces armées a évolué et s'est élargie face à la gravité de la situation sur le terrain.
En plus d'avoir participé au pont aérien de la Coalition et d'avoir piloté 15 des 17 vols d'évacuation à destination du Canada, des militaires canadiens se tenaient à chacune des portes de l'aéroport pour aider à identifier les réfugiés qui devaient se rendre au Canada.
[Français]
Dans certains cas, ils ont dû prendre des décisions difficiles et bouleversantes quant aux personnes qu'ils pouvaient évacuer.
[Traduction]
Nos militaires qui se trouvaient à Kaboul au cours de cette période ont aussi travaillé aux côtés des forces alliées et partenaires pour établir des corridors sécuritaires vers l'aéroport. Ils sont restés aussi longtemps que possible, en dépit des risques non négligeables pour leur sécurité. Le Canada a été l'un des derniers pays à mettre fin à ses efforts d'évacuation. Au total, nous avons pu assurer ou organiser le transport de 3 700 personnes dans le cadre de l'opération AEGIS.
[Français]
Je sais que, pour ceux qui ont servi lors de la guerre, ou ceux qui ont des proches qui l'ont fait, il est particulièrement déchirant de voir que les talibans sont de nouveau au pouvoir.
[Traduction]
En effet, la situation actuelle en Afghanistan est déchirante, mais je veux que les Canadiens sachent que nos forces armées n'ont négligé aucun effort pour aider le plus grand nombre de personnes possible, aussi longtemps qu'elles le pouvaient. Je suis encouragée par ce que le Canada a pu faire et par la façon dont nos forces armées ont changé la vie de millions d'Afghans, tant pendant la guerre que dans les années qui ont suivi.
[Français]
Nous rendons hommage à leur service et à leurs sacrifices, aujourd'hui et tous les jours.
[Traduction]
Merci.
[Français]
Merci.
[Traduction]
Meegwetch.
:
L'intervention des alliés — et je suis heureuse que vous l'ayez soulevée — a été fondamentale pour ce que le Canada a fait. Nous n'étions pas sur le terrain depuis sept ans lorsque l'évacuation a eu lieu. Nous n'avions pas de ressources militaires en Afghanistan.
Néanmoins, nous avons travaillé en étroite collaboration avec nos alliés, côte à côte, pour organiser le pont aérien et veiller à ce qu'il soit en place, et le Canada a joué un rôle très actif aux côtés de nos alliés pour voir à ce que les évacuations aient lieu. Nous avons été en mesure d'évacuer 3 700 ressortissants afghans, ce qui est un chiffre très élevé étant donné que nous n'avions pas de présence militaire sur le terrain.
Je vais demander à mon chef d'état-major s'il a quelque chose à ajouter sur les efforts multilatéraux à cet égard.
:
Monsieur le président, je vais parler de notre évaluation du renseignement et de la façon dont cela a évolué après la signature de l'accord de Doha.
Depuis l'annonce du retrait des États-Unis, la situation dans ce pays s'est détériorée, et notre évaluation a évolué en conséquence. Il ne faut pas oublier qu'une grande partie de nos activités de renseignement étaient fondées sur les renseignements fournis par nos alliés, notre capacité de recueillir des données sur le terrain étant plutôt limitée du fait de notre absence sur le terrain.
Au 1er avril 2021, nos services du renseignement ont déterminé que le gouvernement afghan allait sans doute subir une défaite, et au fil du temps, cette défaite est devenue de plus en plus imminente.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Madame la ministre, merci beaucoup de votre présence parmi nous aujourd'hui.
Merci, monsieur le sous-ministre, et merci aux dirigeants des forces armées aussi.
Nous sommes là pour parler de l'Afghanistan, mais j'aimerais prendre un moment, si vous me le permettez, pour vous remercier, madame la ministre, ainsi que tous ceux qui vous accompagnent — le sous-ministre et les dirigeants des forces armées — pour tout le travail que vous faites pour appuyer nos amis en Ukraine afin de défendre leur souveraineté. Je rappelle que ce faisant, vous les aidez indirectement à défendre notre propre sécurité ici au Canada, la sécurité de l'Europe et la sécurité de nos alliés aujourd'hui et pour l'avenir. Je tiens à vous remercier sincèrement de tout ce que vous avez fait à cet égard.
Lors de nos réunions précédentes, madame la ministre, on a laissé entendre que le Canada traite les réfugiés afghans et les réfugiés ukrainiens différemment. Certains de vos collègues qui sont venus témoigner ont souligné que des facteurs et des défis de taille font qu'il s'agisse de situations très différentes.
Compte tenu du rôle des forces armées en Pologne, je me demande si vous pouvez parler de ces différences d'un point de vue opérationnel.
:
Merci beaucoup de la question.
D'abord et avant tout, j'aimerais souligner qu'il y a des différences importantes entre ces deux situations. Dans chaque cas, les Forces armées canadiennes travaillent avec beaucoup de diligence, avec la responsabilité et le dévouement dont elles font preuve chaque fois qu'il y a une opération. En ma qualité de ministre, je ne saurais être plus reconnaissante, au nom du gouvernement, du courage et du dévouement dont font preuve nos militaires chaque jour dans le cadre d'opérations nationales et internationales, que ce soit en Afghanistan, en Ukraine ou ici, au pays, en cas d'inondations et d'incendies.
Pour répondre directement à votre question, d'abord et avant tout, notre relation avec le gouvernement ukrainien est extrêmement étroite et coopérative. Évidemment, ce n'était pas le cas, et ce ne l'est toujours pas, en Afghanistan, étant donné que les talibans sont reconnus comme une entité terroriste.
Deuxièmement, les Ukrainiens aident activement leurs citoyens à échapper à la terreur que leur inflige Vladimir Poutine, alors que les talibans — comme je l'ai dit, une entité terroriste reconnue — oppriment activement leurs citoyens. Il y a une lutte pour la démocratie en Ukraine, mais ce n'est manifestement pas le cas en Afghanistan.
Ensuite, en Ukraine, il y a des frontières partagées avec de proches alliés. Je pense en particulier à la frontière polonaise. La Pologne est une alliée très proche de l'OTAN. Lorsque nous déployons nos militaires dans le cadre d'une opération pacifique — comme nous l'avons fait en envoyant 150 membres des Forces armées canadiennes en Pologne pour aider à gérer l'afflux de réfugiés —, nous le faisons avec le consentement du pays hôte.
Je dirais que nos efforts en Ukraine sont facilités non seulement par le gouvernement et le leadership là‑bas — comme l'a démontré la visite du en Ukraine hier —, mais aussi par les alliés de l'OTAN qui entourent certaines régions du pays.
Il y a donc des différences très marquées entre la situation en Afghanistan et en Ukraine, et il ne faut pas les oublier.
Merci.
Général Eyre, voulez-vous ajouter quelque chose?
Madame la ministre, je crois qu'il me reste environ une minute et demie, alors je vais poser ma question et nous verrons jusqu'où nous pourrons aller.
Nous avons entendu divers témoignages au sujet du nombre de personnes qui ont pu prendre l'avion, ainsi que certaines critiques selon lesquelles le Canada aurait pu évacuer plus de gens. Nous comprenons bien entendu que la situation sur le terrain était incroyablement difficile. Nous en avons entendu parler ici, au Comité.
Ma question est la suivante: quel genre de contraintes le personnel militaire, y compris les équipages de notre aviation, ont-ils dû affronter sur le terrain?
:
Votre question soulève un point très important pour les membres du Comité en ce qui concerne ce qui se passait sur le terrain.
Comme nous le savons, les talibans avançaient très rapidement, beaucoup plus rapidement que prévu. Par conséquent, des milliers d'Afghans convergeaient plus ou moins simultanément vers l'aéroport. Bon nombre d'entre eux, à juste titre, étaient terrifiés. Nos forces armées étaient donc sous pression et elles ont eu des difficultés évidentes à maintenir l'ordre.
Comme je l'ai mentionné dans ma déclaration préliminaire, le gouvernement de l'époque a également imposé des limites au nombre d'aéronefs étrangers autorisés à atterrir. On nous a donné une heure précise — une seule — par jour, que nous pouvions utiliser pour évacuer les ressortissants afghans. Le fait que nous n'avons pas eu de présence militaire sur le terrain depuis 2014, mais que nous avons quand même pu envoyer nos avions pour évacuer les ressortissants afghans — et ce, à hauteur de 3 700 personnes — est absolument remarquable, à mon avis.
Je tiens à remercier nos militaires des sacrifices qu'ils ont faits en bravant les dangers pour aider à évacuer des ressortissants afghans aux côtés de nos alliés.
:
Je vous remercie, monsieur le président.
Je remercie infiniment tous les témoins d'être avec nous aujourd'hui pour participer à cette étude importante.
Comme vous le savez, le Bloc québécois est d'avis que ce comité doit mettre l'accent sur la crise humanitaire actuelle et sur notre réponse immédiate, à très court terme. Évidemment, il y aura des leçons à tirer, mais je vais mettre l'accent sur ce que nous pouvons faire maintenant pour aider non seulement la population afghane, mais aussi tous ceux qui ont apporté leur aide, dont les soldats canadiens, et qui sont encore en Afghanistan.
Madame Anand, vous avez dit que vous n'aviez pas eu de rencontre directe avec les représentants du Front national de résistance de l'Afghanistan, mais y a-t-il des députés de votre caucus, au gouvernement, qui les ont rencontrés?
:
C'est très normal, d'ailleurs.
Madame la ministre, devrions-nous modifier assez rapidement ces lois ou le Code criminel afin de faciliter les choses pour les organisations non gouvernementales, ou ONG, qui veulent aider la population afghane?
C'est ce que nous voulons faire, aider ces gens, mais les ONG nous disent que, en raison du Code criminel canadien, on leur met des bâtons dans les roues.
N'y a-t-il pas là un problème?
Quelle est votre opinion là-dessus?
Sachez que le Bloc québécois est d'accord pour que les talibans demeurent sur la liste des entités terroristes. L'idée, c'est de permettre aux ONG d'offrir des services humanitaires aux Afghans sans craindre d'être poursuivies. Nous savons que la crise humanitaire qui sévit en Afghanistan est l'une des pires sur la planète présentement, avec celles qui ébranlent le Yémen et d'autres parties du globe.
L'Organisation des Nations unies, ou ONU, a viré son capot de bord, comme on dit en bon québécois, en adoptant la résolution 2615. Cette dernière prévoit le maintien des talibans sur la liste des terroristes, mais ne punit pas les ONG qui font affaire avec eux.
Des ministres venus témoigner devant ce comité nous ont dit qu'ils attendraient nos recommandations au sujet de l'Afghanistan. Sauf votre respect, je suis d'avis que, si tout le monde s'entend pour dire qu'il y a un problème, il n'est pas nécessaire d'attendre la recommandation d'un comité avant d'agir. Nous pourrions agir tout de suite, parce que, en ce moment même, des gens ont besoin d'aide.
A-t-on vraiment besoin de la recommandation d'un comité? J'aimerais avoir votre avis sur la question.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie la ministre et les fonctionnaires d'être venus témoigner devant le Comité, et je remercie tout particulièrement, bien sûr, nos militaires du travail qu'ils font chaque jour pour garantir la sécurité du Canada et du travail incroyable que vous faites à l'étranger, compte tenu des innombrables crises qui sévissent dans le monde.
Par votre entremise, monsieur le président, j'aimerais poser la première question à la ministre. Elle a indiqué que 3 700 Afghans avaient été évacués pendant cette période critique. La ministre pourrait-elle nous dire si tous les vols étaient pleins lors de l'évacuation?
:
Monsieur le président, je vous remercie de me donner l'occasion d'ajouter quelques précisions à la déclaration de la ministre.
Je pense que nous devons examiner la situation en deux périodes — avant le 15 août, c'est‑à‑dire avant que Kaboul ne tombe aux mains des talibans, puis après cette date. Avant le 15 août, oui, certains vols n'étaient pas à pleine capacité. La raison était fort simple. En définitive, le gouvernement afghan avait imposé à tous ceux qui quittaient le pays l'obligation d'avoir un passeport afghan valide. Ces Afghans n'ont pas reçu le feu vert de la sécurité afghane à l'aéroport pour pouvoir embarquer à bord de ces vols. C'est la raison pour laquelle certains vols effectués avant le 15 août n'étaient pas remplis au maximum.
Après le 15 août, peu de temps après la remise en service du pont aérien, certains vols initiaux n'étaient pas remplis au maximum, parce que nous venions tout juste de nous établir avec nos troupes au sol. Il a été difficile de trouver suffisamment de Canadiens admissibles dans la très, très petite période dont nous disposions.
Je dirais cependant que, dans la dernière partie, nous avons certainement compensé les vols qui n'étaient pas remplis au maximum en ajoutant beaucoup plus de passagers que le nombre pour lequel les aéronefs étaient conçus. Il y avait 534 Afghans à l'arrière d'un C‑17 conçu pour 200 personnes. C'est le genre de mesures que nos militaires ont prises sur le terrain pour faire sortir le plus d'Afghans possible.
:
J'aimerais ajouter quelque chose, si vous me le permettez.
Il ne faut pas oublier que les Forces armées canadiennes ont dû tenir compte d'un certain nombre de facteurs pour charger ces avions, notamment les conditions météorologiques, le carburant, le fret et le poids, qui variaient tous en fonction des différents types d'aéronefs que nous avions au sol, à savoir le CC‑130J Hercules, le CC‑150 Polaris et le CC‑177 Globemaster.
Encore une fois, c'est grâce au personnel des Forces armées canadiennes qu'on a pu faire un travail exceptionnel. Ce sont des professionnels hautement qualifiés qui travaillaient sous une pression extrême dans un environnement instable et imprévisible, et je suis très fière de leur travail.
S'il y a eu des sièges vides, c'est parce que les gens n'ont pas été en mesure d'obtenir les passeports requis, en raison des changements apportés aux règles. Par la suite, les vols ont été surchargés pour compenser ces chiffres. C'est l'essentiel de ce que je comprends.
Au moment de l'évacuation, le Canada a‑t‑il évacué des Afghans qui avaient franchi les portes de l'aéroport, mais qui ne figuraient pas sur les listes de personnes recommandées par Affaires mondiales Canada ou sur les listes d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada?
Je ne les connais pas par cœur.
Merci, monsieur le président, de me permettre de me joindre à vous.
Je vais me faire l'écho du commentaire du chef d'état-major et, pour renforcer l'argument de la ministre, juste pour revenir là‑dessus, il y avait deux phases différentes. Le fait est que...
:
Je vous remercie, monsieur le président.
Je vous souhaite la bienvenue, madame la ministre, ainsi qu'au sous-ministre et aux représentants des forces armées.
Le Canada est reconnu comme un leader pour ce qui est d'apporter des services humanitaires aux gens qui en ont besoin. Les Forces canadiennes sont présentes en Afghanistan depuis à peu près 13 années consécutives. Elles ont fait un travail extraordinaire. Des soldats ont payé de leur vie pour servir le Canada, l'Afghanistan et la cause humanitaire en général.
Madame la ministre, à part leur mission militaire, quel rôle les Forces canadiennes ont-elles joué pour faciliter l'accès aux services humanitaires pour les gens qui en ont besoin, particulièrement pour les femmes et les filles?
De plus, au cours de ces 13 années, des soldats ont été brutalement tués ou blessés. Qu'avons-nous accompli après tous ces sacrifices et toutes ces années passées là-bas?
:
La question qui a été posée est primordiale pour nous, qui avons servi dans ce pays.
[Traduction]
C'est une réponse très personnelle que nous devons donner à la question de savoir si cela en valait la peine. Notre sacrifice dans ce pays en valait‑il la peine?
Lorsque j'en parle à nos militaires, c'est une période très chargée d'émotion parce que nous sommes nombreux à avoir perdu des amis, des collègues et des subordonnés dans ce pays. Nous avons fait tout ce que vous, les élus de ce pays, nous avez demandé de faire. Nous avons donné à ce pays 20 ans pour en faire un meilleur endroit. Nous avons constaté des progrès sur le terrain. Nous avons vu une génération d'Afghans éduqués et branchés au monde extérieur.
Nous nous sommes dévoués cœur et âme à ce pays, alors il est douloureux de voir ce qui s'est passé. Comme je l'ai dit, chacun d'entre nous a une question personnelle à se poser: cela en valait‑il la peine?
:
Je suis fier et heureux d'entendre ce que vous et madame la ministre avez dit.
Je vais vous poser une brève question.
[Français]
Madame la ministre, à la suite de l'évacuation de 2021 et compte tenu des événements en Ukraine, le président Macron et d'autres préconisent non seulement le renforcement des moyens de défense de l'Europe pour qu'ils soient complémentaires à ceux de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, ou OTAN, mais aussi l'atteinte de l'autonomie stratégique dans le domaine de la sécurité, entre autres domaines.
Pouvez-vous nous dire de quelle façon le budget de 2022 nous permettra de veiller au maintien du multilatéralisme et au rôle que joue le Canada dans l'OTAN?
:
Je vous remercie de la question.
Comme vous le savez, le budget de 2022 a consacré 8 milliards de dollars aux dépenses de la Défense.
Nous devons continuer de travailler fort avec nos alliés, nos partenaires et l'OTAN, notamment à la défense de notre continent.
Nous avons maintenant plus d'argent pour travailler avec nos alliés, et c'est très important de le faire.
:
Je vous remercie, monsieur le président.
Madame la ministre, vous êtes ministre de la Défense nationale. Selon ce que je comprends, vous n'avez pas rencontré de membres du Front national de résistance de l'Afghanistan. En revanche, savez-vous si des membres de votre gouvernement, des membres de votre caucus, les ont rencontrés?
En fait, il est facile de répondre à la question. Si vous êtes au courant, vous répondez par oui et, si vous ne l'êtes pas, vous répondez par non.
:
Merci, monsieur le président.
Tout d'abord, je remercie le général Eyre, le vice-amiral Auchterlonie, le général Meinzinger et le général Boivin. Je vous connais tous les quatre très bien et j'ai eu le plaisir et l'honneur de servir avec vous. Je sais que vous continuez de servir les Forces armées canadiennes, le Canada et ses militaires, et tout le monde vous tient en grande estime.
Général Meizinger, je vous souhaite en passant une excellente retraite. Vous aurez sûrement plus de temps pour vos matchs de hockey.
J'aimerais commencer par vous faire un commentaire pour le compte rendu, madame la ministre. Je ne suis pas d'accord avec ce que vous avez dit tantôt, lorsque vous avez comparé ce qui se passe en Ukraine et en Afghanistan et affirmé qu'il n'y a pas de lutte pour la démocratie en cours en Afghanistan, alors que cette lutte existe bel et bien dans ce pays.
:
Merci, monsieur le président.
Nous avons déployé l'équipe consultative stratégique le 24 avril pour aider l'ambassadeur et mettre en place un plan d'urgence pour l'éventuelle évacuation de l'ambassade du Canada.
Ces équipes ont des tâches qui varient pour s'adapter dans chaque cas à la situation et à la mission assignée au Commandement des Forces d'opérations spéciales du Canada. Nous envoyons une équipe de la taille qui convient, dotée des capacités nécessaires pour accomplir la tâche qui nous est confiée. Dans le cas qui nous occupe, il s'agissait d'une toute petite équipe que l'on pouvait compter sur les doigts.
Merci, monsieur le président.
:
Merci, monsieur le président.
Madame la ministre, d'abord et avant tout, je tiens à vous remercier, vous et l'ensemble des forces armées, de vos efforts inlassables. Ce n'était pas une situation facile, comme vous l'avez mentionné plus tôt. Nous n'avions pas de ressources importantes sur le terrain, mais nous avons pu compter sur l'appui de nos alliés, car nous n'avons pas joué un rôle actif en Afghanistan depuis quelques années.
En parlant de ressources limitées, et compte tenu de la situation à l'époque, pouvez-vous nous dire comment le Canada a maximisé le nombre de personnes évacuées? J'aimerais bien entendre ce que vous ou l'un de vos dirigeants ici présents avez à dire à ce sujet.
:
Pour commencer, c'est un renseignement très important que vous demandez par les temps qui courent. Pour déterminer combien de passagers pouvaient être embarqués à bord d'un avion, notre équipage de l'Aviation royale canadienne devait tenir compte d'un certain nombre de facteurs — j'en ai déjà mentionné quelques-uns — pour s'assurer que les ressortissants afghans en question puissent arriver à destination.
La priorité absolue, pour équilibrer les facteurs que j'ai mentionnés plus tôt, était la sécurité des personnes transportées. Je pense que nous pouvons tous apprécier ici le degré de rigueur qu'il faut pour s'assurer que chaque vol se déroule en toute sécurité. À l'origine, nos aéronefs étaient conçus pour transporter en toute sécurité un certain nombre maximal de passagers. Nous avons modifié cette configuration pour accueillir le plus de personnes possible tout en tenant compte de facteurs comme le type d'aéronef, les conditions météorologiques et la situation au sol, pour ne citer que quelques-uns.
Ce sont tous des aspects auxquels le général Eyre a également fait allusion, mais je vais lui demander s'il a quelque chose à ajouter.
:
Monsieur le président, permettez-moi tout d'abord de dire que le fait que nous avons pu sauver 3 700 personnes en projetant la puissance de combat du Canada dans un environnement contesté à l'autre bout du monde, où nous n'avions pas de présence militaire depuis sept ans, est assez extraordinaire quand on y pense.
Comment avons-nous réussi? Primo, nous avons tiré parti de notre capacité de transport aérien stratégique, en particulier des C‑17.
Secundo, grâce à nos communications stratégiques, nous avons pu surveiller la situation et transmettre des renseignements de minute en minute et d'heure en heure aux quatre coins du monde.
Tertio, nous avons pu compter sur le réseau incroyable de partenaires et d'alliés que nous avons dans le monde entier et du personnel intégré qui occupent des postes de leadership dans des endroits comme le quartier général du commandement central des États-Unis et du côté du bureau des chefs d'état-major interarmées au Pentagone. Avec l'aide de notre groupe de travail au Koweït, nous avons hébergé bon nombre des Afghans que nous avons pu évacuer. Nous avions du personnel au centre d'opérations aériennes combinées — le CAOC, comme nous l'appelons — au Qatar. La mise à profit de ce réseau nous a permis de travailler très efficacement avec nos alliés et de nous assurer que tout était bien coordonné.
Si vous désirez plus de précisions, le vice-amiral Auchterlonie ici présent a géré bon nombre de ces échanges heure par heure, mais le temps nous limite peut-être.
Pour faire suite aux propos du chef d'état-major, je crois qu'il a mentionné les points essentiels. Le fait d'avoir des gens intégrés parmi les alliés et les autorités pertinentes, de disposer du transport aérien stratégique nécessaire et la disponibilité opérationnelle de nos forces sont autant de facteurs qui nous ont permis de réussir.
J'aimerais souligner deux points importants. Nous avons pu déployer des gens très rapidement, à la vitesse qu'exige une situation de crise. Nous avons suivi l'évolution de la crise sur plusieurs semaines, puis nous nous sommes assurés d'avoir des gens sur le terrain travaillant en collaboration avec nos alliés.
Nous aurons peut-être le temps d'approfondir la question une fois que la ministre sera partie, mais je pense qu'il est essentiel de faire la distinction entre les deux périodes. Lorsque nous étions en plein branle-bas de combat pour évacuer les gens après la chute de Kaboul, le personnel sur le terrain avait les pouvoirs nécessaires pour exécuter la mission. C'est un major au sol à l'aéroport de Kaboul et un jeune commandant de bord qui ont décidé d'embarquer 534 personnes à bord du C‑17. Ce n'était pas ma décision à moi; c'était délégué au niveau le plus inférieur. Le jeune commandant de bord du C‑17 et un jeune co‑pilote ont pris la décision de sauver 535 personnes.
:
Merci, monsieur le président, et merci à vous tous de comparaître devant le Comité.
Merci à tous les Canadiens qui servent dans les forces armées, du travail qu'ils font ici pour les Canadiens et partout dans le monde.
Je crois que nous aurions tous aimé que le Canada puisse évacuer plus de gens. Le Canada a évacué 3 700 personnes, et je tiens à vous remercier d'avoir veillé à ce que nous puissions les faire sortir du pays. Merci à tous les gens de la Défense nationale qui ont appuyé le pont aérien d'évacuation.
Il est important que les membres du Comité comprennent la réalité et les obstacles du terrain quand on se dit qu'on aurait dû rester plus longtemps ou anticiper les vols d'évacuation.
Pourriez-vous nous parler de quelques difficultés et obstacles auxquels vous avez été confrontés?
:
Nous avons commencé très peu de temps après que la demande a été faite. Compte tenu de ce qu'on appelle les « rampes d'atterrissage » et les « créneaux horaires », le nombre de créneaux attribués au Canada limitait le nombre de vols que nous pouvions offrir.
Quant à rester plus longtemps, la détérioration de la sécurité sur le terrain et le fait que nos alliés, les États-Unis, avaient décidé de se retirer le 30 août nous ont obligés à mettre fin aux opérations d'évacuation dès le 26 août parce que, après cette date, le périmètre de sécurité autour de l'aéroport international de Kaboul serait réduit.
Il faut comprendre que le périmètre de sécurité entourant l'aérodrome était de 14 ou 15 kilomètres et qu'il exigeait beaucoup d'effectifs. C'était une opération très dangereuse que de démanteler un périmètre de sécurité en étant encerclés, d'assurer la sécurité de nos propres soldats et de les faire sortir. Je dirais simplement que personne ne veut être le dernier à partir quand il n'y a plus de périmètre de sécurité.
Le 26 était le dernier jour où nous pouvions, en collaboration avec nos alliés, procéder à des opérations d'évacuation. En fait, nous avons fait sortir des Afghans le 27, mais en raison d'une médiocre coordination. C'était cela, la réalité du terrain.
:
Merci beaucoup. Merci, monsieur le président.
C'est une très bonne question. Le fait est que notre capacité était limitée par la disponibilité des créneaux horaires à l'aéroport international Hamid Karzaï, avant et après la chute de Kaboul. Nous avions un créneau avant et un autre après, que nous avons coordonnés après la chute de Kaboul.
Nous participions au pont aérien allié, dans le cadre duquel on nous avait attribué un créneau horaire. Nous avons profité de ce créneau pour procéder à des évacuations en collaboration avec nos alliés. Comme nous avions des gens déployés à l'avant au CAOC, au Qatar, nous avons pu ajuster notre horaire pour pouvoir partir plus tard dans la journée après nos premiers vols. Compte tenu de la protection de nos forces et de la température, qui était plus basse au milieu de la nuit, nous avons changé nos créneaux au milieu de la nuit pour évacuer plus de gens, parce que la densité de l'air est plus élevée le soir et qu'on pouvait organiser plus de vols au milieu de la nuit.
Cela a pu être coordonné parce que nous avions des gens au Qatar et qu'il y avait une liaison sur le terrain et avec nos alliés au Qatar.
:
Je vous remercie, monsieur le président.
Je veux chaudement remercier tous les témoins qui sont avec nous aujourd'hui. Je les remercie également du service qu'ils rendent au pays.
Nous savons à quel point les membres des Forces armées canadiennes ont à cœur le bien-être de la population afghane, surtout celui des frères d'armes qui ont aidé les soldats canadiens sur le terrain. Encore une fois, je les remercie d'être là. Ils sont de tout coeur avec le peuple afghan et cela ne fait pas de doute.
L'opération Aegis a pour objectif d'évacuer les Afghans qui ont des liens importants ou durables avec le gouvernement du Canada. C'est un peu la description de la mission.
Général Eyre, au bénéfice de tous ceux qui nous écoutent, quels sont les critères qui servent à établir ces liens comme étant importants et durables?
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Monsieur le président, permettez-moi d'abord de préciser l'objet de l'opération Aegis. Il ne s'agissait pas seulement d'évacuer des Afghans, mais aussi des citoyens canadiens et des Canadiens admissibles. Je précise que le nombre de personnes inscrites au registre consulaire des Canadiens à l'étranger a augmenté de façon exponentielle dans les jours qui ont suivi la chute de Kaboul. Je n'ai pas les chiffres exacts ici, mais nous avions prévu un certain nombre de personnes, et le nombre de gens désireux d'être évacués a augmenté de façon exponentielle.
Quant au critère d'une relation durable, il tenait à la déclaration de témoins ayant servi avec des militaires. J'ai moi-même reçu de nombreux courriels d'Afghans ayant servi et travaillé avec moi, et je me suis porté garant de leur crédibilité. Oui, ils ont servi avec des Canadiens. Oui, ils ont servi auprès des Forces canadiennes. La confirmation « cette personne a effectivement servi avec moi pendant cette période » constituait la base de vérification — à laquelle s'ajoutaient les relevés d'emploi.
Il faut aussi comprendre que certains de nos relevés d'emploi, parfois sous forme numérisée, avaient entre 10 et 15 ans et qu'il était difficile de les récupérer. C'était donc une combinaison de renseignements de ce genre — des dossiers et des attestations personnelles.
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Je vous remercie infiniment, général Eyre, de cette réponse, qui apporte des précisions intéressantes.
Plusieurs groupes de vétérans ont servi en Afghanistan. Certains ont réussi à aider leurs frères d'armes, alors que d'autres ont dû abandonner leurs efforts, car la situation était devenue trop difficile.
Avez-vous eu des contacts avec ces groupes de vétérans? Certains d'entre eux ont comparu devant le Comité et nous ont dit à quel point la situation était difficile pour eux, même en ce qui a trait à leur santé mentale. En effet, des promesses ont été faites à leurs frères d'armes en Afghanistan, et, malheureusement, ils n'ont pas été en mesure de tous les sortir de là.
Si vous avez eu des contacts avec ces groupes, pourriez-vous nous en parler un peu?
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Excusez-moi, je voulais dire 2 900 tout à l'heure, pas 3 100.
Des personnes qui ont communiqué avec moi ont reçu de votre ministère la confirmation d'une relation durable et un courriel indiquant que leur dossier était entre les mains d'IRCC depuis novembre. Il semble qu'IRCC n'ait même pas de confirmation qu'il a reçu ces documents.
Des représentants d'AMC nous ont dit la même chose la semaine dernière. AMC a acheminé des dossiers à IRCC, et, cette semaine, j'ai appris que des fonctionnaires demandaient aux demandeurs de demander à AMC de réacheminer le dossier.
Je suis très inquiète de constater que les dossiers de ces gens, dont votre ministère a confirmé la relation durable avec le Canada et qui devraient être mis en sécurité au Canada, sont maintenant perdus dans les limbes de l'administration. Je ne sais pas ce qu'IRCC en a fait, et on ne sait même pas si ces dossiers lui sont parvenus. Et ces gens n'ont aucun moyen de connaître la décision qui a été prise à leur égard.
Ne trouvez-vous pas cela inquiétant, et le ministère fait‑il un suivi auprès d'IRCC au sujet des dossiers laissés pour compte?
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Merci, monsieur le président.
Merci aux témoins non seulement d'être présents parmi nous, mais aussi des incroyables services rendus au Canada.
Je voulais revenir sur une question de mon collègue, M. Ruff.
Nous savons que le gouvernement s'est mis en mode intérimaire le 15 août, lorsque les élections ont été déclenchées. Par la suite, y a‑t‑il eu des changements dans les mesures prises ou dans la coordination?
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Monsieur le président, je crois qu'il est important de rappeler que, quand nous nous sommes retirés en 2014, d'autres alliés sont restés sur le terrain. Les Britanniques et les Américains y étaient depuis longtemps. Ils étaient également très présents à l'aéroport international de Kaboul après la chute de la ville, ce qui n'était pas notre cas.
Notre retrait en 2014 a eu des conséquences, et c'en est une.
Je dois dire que, comparativement à certains de nos alliés, comme les Français et les Allemands, nos chiffres par habitant étaient beaucoup plus élevés. Je vais demander à l'amiral Auchterlonie d'intervenir, parce que nous en avons parlé aujourd'hui, justement.
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Je vous remercie de votre réponse.
L'année dernière, après la fin de l'opération Aegis, le Toronto Sun a publié un article intitulé « PMO, Global Affairs hold off deployed [Canadian Armed Forces] Kabul ». On y expliquait qu'une équipe d'évacuation de non-combattants, composée de 17 personnes, attendait au Koweït, mais qu'elle n'avait jamais reçu l'ordre d'aller en Afghanistan. Les militaires des FAC avaient dit: « Nous voulons y aller et faire ce qu'il faut, mais le gouvernement ne nous laissera pas faire. »
Est‑il exact qu'une équipe d'évacuation de non-combattants a été déployée au Koweït, mais qu'elle ne s'est jamais rendue en Afghanistan? Dans l'affirmative, pourquoi ne s'y est-elle pas rendue?
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Merci, monsieur le président et merci au chef d'état-major de la Défense, le général Eyre.
Vous avez parlé tout à l'heure des conséquences du retrait des Forces armées canadiennes en 2014 et de ses répercussions sur l'évacuation. En comparaison de nos alliés — il est facile de comparer des chiffres —, vous avez dit que, tout bien considéré, nous avons travaillé très efficacement, étant donné que nous n'avions pas autant de ressources sur le terrain, puisque nous n'avions pas le même type de présence que nos alliés.
Vice-amiral Auchterlonie, vous avez fourni certains détails de l'opération, et nous avons manqué de temps tout à l'heure.
J'aimerais vraiment avoir d'autres détails sur cette opération et sur les menaces qui pèsent sur notre personnel et sur nos ressources sur le terrain et savoir comment vous avez finalement réussi à agir efficacement. Je pense qu'il est important que le Comité le sache.
Les conditions sur le terrain étaient précaires, chaotiques et désespérées. Je crois que vous le savez très bien. Et c'est dans cet environnement chaotique que nos troupes ont travaillé.
Pour en revenir aux deux phases d'opération, avant la chute de Kaboul, nous avons travaillé à réunir les conditions de l'évacuation. Une fois Kaboul tombée, nous avons dû procéder à une évacuation controversée de non-combattants.
Revenons‑en à la chute de Kaboul. Nous avons parlé des données de renseignement stratégique que nous avons recueillies. C'est à mon avis assez cohérent — c'était la même chose pour tous les alliés. En avril, nous envisagions un délai de six mois, et puis, à mesure que l'échéance se rapprochait, nous avons compris que Kaboul allait tomber. Mais je pense que tout le monde, y compris les talibans, a été surpris de la rapidité de la chute.
Cela dit, je voudrais vous parler du renseignement tactique sur le terrain. Nous avons pu procéder à l'évacuation de notre ambassade, et nous étions le seul des pays alliés à pouvoir le faire grâce à nos capacités de renseignement tactique sur le terrain, à nos troupes et à la puissance aérienne nécessaires. La seule raison de notre absence après la chute de Kaboul, c'est que notre ambassade a été la seule à être évacuée grâce aux renseignements dont nous disposions, à nos capacités au sol et à notre puissance aérienne. Nos alliés n'ont pas pu le faire. Ils ont laissé des forces importantes sur le terrain parce qu'ils n'ont pas pu les évacuer assez rapidement. Ils l'auraient fait, s'ils l'avaient pu.
Passons maintenant à la deuxième partie, l'évacuation controversée de non-combattants, en collaboration avec nos alliés. Je rappelle que nous avons rétabli nos capacités le 19 août et que les vols ont commencé le jour même. Notre premier avion était plein. Il y avait des alliés à bord. Il y avait du personnel canadien admissible. Il y avait des Afghans d'autres pays, ainsi que du fret, parce que nous participions au pont aérien allié. À mesure que nous avons intensifié les opérations, que nos gens et nos capacités ont été intégrés, nous avons pu faire entrer de plus en plus de Canadiens admissibles dans l'aéroport. Nous avons alors commencé à remplir les avions, et c'est ce que vous avez vu durant cette période. Entre le 19 et le 26 août, nous avons évacué près de 3 000 personnes, en permettant aux nôtres sur le terrain de prendre des décisions difficiles.
Le dernier point que j'aimerais rappeler, c'est que les gens sur le terrain ont travaillé sans relâche, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pendant plus d'une semaine, pour que nous puissions évacuer le plus de monde possible après la chute de Kaboul. Il faut vraiment les féliciter pour les efforts qu'ils ont déployés, et je parle non seulement des forces spéciales, mais aussi de ma propre force opérationnelle, ainsi que des équipages, qui ont travaillé sans relâche pour sauver le plus grand nombre possible d'Afghans.
Est‑ce que quelqu'un d'autre veut ajouter quelque chose?
Je comprends que la situation était très complexe. Pour maintenir ce périmètre de sécurité de 14 kilomètres, il a fallu énormément de détermination, de travail acharné et de ténacité.
Si vous avez quelque chose à ajouter, je vous en serais reconnaissant.
Le président: Général Eyre.
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Je vous remercie beaucoup. Cela fait du bien d'obtenir des réponses claires.
J'aimerais poser une dernière question.
Vous faites probablement affaire avec des ONG ou, du moins, vous avez certainement parlé avec des représentants d'ONG sur le terrain.
Encore une fois, je ne veux pas vous amener sur le terrain politique, mais avez-vous entendu dire que des ONG avaient eu de la difficulté à acheminer de l'aide humanitaire à cause du Code criminel canadien?
Je vous pose la question de manière factuelle.
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J'aimerais beaucoup que vous fassiez parvenir cette information par écrit au Comité.
La raison de ma question est qu'IRCC dira que cela ne lui incombe pas et que, pour des raisons de l'ordre de la sécurité nationale, cela incombe à la Défense et à d'autres. Et nous nous retrouverons dans une situation où chacun refile la responsabilité à l'autre, mais j'aimerais savoir ce qui peut être fait et comment, et si le Canada peut travailler en collaboration avec les pays alliés pour concrétiser cet objectif? Parce que si, d'après les chiffres que nous avons reçus, seulement 900 des 3 800 dossiers que vous avez acheminés à IRCC ont été traités — je l'espère, mais peut-être que non... je ne sais pas ce qui est arrivé aux autres.
Concernant les documents exigibles, compte tenu de la collaboration nécessaire, il y a des gens qui, dans la situation actuelle, sont passés dans la clandestinité et brûlent leurs documents. Il est donc presque impossible d'exiger qu'ils soumettent ces documents.
Je comprends qu'il y a la sécurité nationale, mais je crois aussi que nous devons intervenir pour déterminer ce qu'il faut faire et comment nous pouvons procéder. J'aimerais donc avoir votre avis sur ce que le Canada peut faire pour aider à garantir la sécurité d'un plus grand nombre d'Afghans.
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Merci, monsieur le président.
Merci beaucoup de la question. En fait, il y en a plus d'une.
Premièrement, avons-nous la capacité de le faire? Je vais répondre tout de suite à la question concernant l'Ukraine.
À l'heure actuelle, les Forces armées canadiennes apportent leur appui à IRCC au Centre des opérations biométriques du Canada à Varsovie. Nous collaborons avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada pour faciliter les opérations biométriques relatives aux visas des Ukrainiens qui viennent au Canada. Avons-nous la capacité? Oui. En fait, d'après mon expérience du travail du personnel conjoint en 2015 avec les réfugiés syriens, nous l'avons fait dans un pays tiers.
Je suppose que l'essentiel ici est que nous le faisons actuellement à Varsovie avec un allié coopératif. Nous avons le consentement du pays hôte et de nos partenaires de Varsovie — les Polonais — pour le faire. IRCC en assume le leadership, et nous lui apportons notre soutien.
Avons-nous la capacité? Oui. À titre spéculatif, je pourrais dire qu'il faudrait obtenir le consentement du pays hôte pour pouvoir le faire dans un troisième pays, mais ce n'est probablement pas à ce ministère que la question devrait être posée.
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Merci, monsieur le président.
Je remercie le sous-ministre et les généraux de comparaître devant notre comité.
Comme vous le savez, le Canada a payé cher la guerre en Afghanistan. Quelque 40 000 militaires sont passés par ce théâtre d'opérations. Cette guerre a fait 158 morts parmi les Forces armées canadiennes, outre un diplomate tué et plus de 2 000 Canadiens blessés — dont certains ont subi des blessures horribles.
Entre 2011 et 2014, des commandants militaires de l'OTAN, dont des commandants canadiens, ont assuré à leurs assemblées législatives élues respectives que la mission de formation se déroulait bien. Ils ont assuré à la population qu'ils faisaient d'énormes progrès au regard de la pierre angulaire de la stratégie militaire en Afghanistan, à savoir le développement d'une armée nationale afghane et d'une force policière nationale afghane, capables de défendre le pays.
Le Canada a formé l'armée nationale afghane et la police nationale afghane. Environ un millier de militaires des Forces armées canadiennes ont participé à cette mission de formation durant cette période.
Les événements du mois d'août dernier montrent clairement que l'armée nationale et la police nationale afghanes étaient très mal formées. Les « Afghanistan Papers », qui ont été publiés par le Washington Post juste avant la pandémie et qui n'ont pas reçu suffisamment d'attention en raison précisément de la pandémie, montrent clairement que, à l'époque, les membres du personnel militaire de l'OTAN sur le terrain n'avaient pas la même vision de la mission de formation. L'armée et la police afghanes étaient, selon eux, « démotivées, mal entraînées, corrompues et truffées de déserteurs et d'agents infiltrés », c'est-à-dire tout le contraire de ce que disaient les commandants militaires de l'OTAN à l'époque.
Certains d'entre vous ont participé à cette mission de formation de l'OTAN. À l'époque, étiez-vous convaincus que la mission de formation se déroulait très bien, comme l'ont dit à l'époque le général Mattis et le général John Allen? Ou bien aviez-vous déjà constaté à quel point la mission était problématique?
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Monsieur le président, c'est une excellente question et, oui, j'ai participé à l'époque, comme d'autres ici présents, à une mission de formation de l'OTAN en Afghanistan.
Selon mes notes de l'époque, les forces de sécurité nationale afghanes manquaient d'un certain nombre de choses — notamment en matière de logistique, de planification et d'autonomie; de planification globale et de capacité à prévoir et à soutenir des opérations; de gestion du personnel et de capacité à bien gérer la progression, la rémunération et le bien-être de leurs employés.
Pouvaient-elles se battre? Cela dépendait du leadership. J'ai vu des unités afghanes au combat qui s'en sont très bien tirées grâce à leurs commandants. Elles se sont battues et l'ont emporté sur l'ennemi. Dans d'autres cas — et je reviens à ce que j'ai dit à l'instant —, s'il n'y avait pas de leadership, elles ne se battaient pas, non.
Comme dans toute guerre, l'élément décisif est le leadership, la volonté de gagner, le désir de l'emporter, et je pense que c'est ce qui manquait.
Mais, oui, la formation donnée était valable, et l'équipement fourni était de bonne qualité.
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Merci, monsieur le président.
La chute de Kaboul a été une surprise pour la majeure partie du monde. En avez-vous été surpris ou l'aviez-vous pressentie? Dans l'affirmative, depuis quand — des mois, des semaines, des jours, des heures?
Quelle a été la réaction, et comment s'est organisée la coordination entre le commandant sur le terrain, le quartier général et les autres forces alliées?
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Monsieur le président, voilà une autre excellente question, qui renvoie à celle du renseignement, dont nous avons parlé tout à l'heure. Il devenait de plus en plus évident que le gouvernement afghan ne tiendrait pas le coup, mais nous n'étions pas certains du moment où les choses basculeraient.
On peut toujours faire des analogies historiques, c'est toujours utile. En 1989, lorsque l'Union soviétique s'est retirée, beaucoup ont cru que l'Afghanistan tomberait aussitôt, mais le gouvernement a tenu bon pendant trois ans parce que l'argent continuait de suivre. En 1842, les choses ont changé du jour au lendemain, et Kaboul s'est retournée contre les Britanniques. Les analogies historiques dans ce cas ne nous aident pas vraiment.
Cependant, compte tenu du nombre de troupes gouvernementales de retour à Kaboul, on avait l'impression, en effet, qu'il serait possible de garder la capitale plus longtemps que ce n'a été le cas.
Et, effectivement, il y a eu une certaine surprise, même si les données de renseignement indiquaient que c'était inévitable, mais je crois par ailleurs que les talibans ont été surpris, eux aussi, par la rapidité de leur victoire, et nous avons des données à cet égard également.
:
Je vous remercie de ces commentaires.
Je suis très fier de nos membres et du travail qu'ils ont accompli pendant cette crise.
[Traduction]
Qu'aurions-nous pu faire d'autre? Ou de mieux?
Eh bien, j'ai parlé tout à l'heure de notre capacité de transport aérien stratégique. Il y a 15 ans, lorsque nous n'avions pas cette capacité, nous n'aurions pas pu mener cette opération. Je pense que cette capacité change la donne.
Aucune question n'a été posée au commandant de la force aérienne, le lieutenant-général Al Meinzinger, mais je vais lui demander d'intervenir pour parler de notre capacité de transport aérien stratégique, parce que c'est très important dans ce que nous avons fait en Afghanistan, dans ce que nous faisons pour aider l'Ukraine aujourd'hui et dans ce que nous faisons pour soutenir des opérations partout dans le monde.
Merci.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
J'aime bien l'expression « changer la donne ». Ce que nous avons investi il y a 10 ou 15 ans pour acquérir une flotte de C‑17 a vraiment contribué à nous doter d'une armée mondiale. Je repense à la mission au Mali...
[Français]
il y a trois ans
[Traduction]
... où nous avons été en mesure de déployer une force opérationnelle dans le désert, en grande partie grâce à notre flotte de C‑17. Le transport aérien stratégique dans ce contexte s'est révélé inestimable.
J'aimerais simplement ajouter quelque chose à ce qui a été dit au sujet de l'équipe. Je ne pourrais pas être plus fier des équipages et du personnel de maintenance de retour au Koweït, qui ont travaillé le plus souvent 24 heures sur 24, sept jours sur sept pendant deux semaines pour réaliser cette mission. Tout le monde a mis l'épaule à la roue, et nous devrions tous en être fiers.
Merci.
Tout d'abord, au nom des membres du Comité, je tiens à remercier le sous-ministre Matthews de son dévouement et de sa présence parmi nous aujourd'hui. Je lui en suis reconnaissant.
Je m'adresse maintenant aux chefs militaires de notre pays. Je vais commencer par le chef d'état-major de la défense, le général Eyre. Merci, général, de votre présence parmi nous et merci de vos sacrifices et de votre engagement, ainsi que de l'engagement de tous les hauts gradés et des hommes et des femmes en uniforme qui défendent notre pays, le Canada.
Nous avons aussi reçu le vice-amiral Auchterlonie. Je vous remercie également d'être parmi nous, et merci des services rendus à la nation, des sacrifices consentis et de votre engagement.
Nous avions également avec nous, virtuellement, le major-général Boivin. Je tiens à vous remercier, major-général, au nom des membres du Comité. Merci des services rendus à la nation et de votre engagement envers notre grand pays.
Je m'adresse pour terminer au lieutenant-général Meinzinger. Merci d'avoir conclu la conversation et merci de votre engagement et des sacrifices que vous et les membres de votre équipe avez consentis.
Mille mercis, et je...
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je ne sais pas si le Comité peut accepter cette demande.
Compte tenu de ce que nous ont dit les représentants du ministère de la Défense nationale, pourrions-nous demander à IRCC de confirmer qu'il a bien reçu les 3 800 demandes transmises par le MDN et de nous dire combien de ces demandes ont donné lieu à une invitation et à un numéro G, combien de ces personnes sont arrivées au Canada et quand le reste des 2 900 demandes pourrait être traité?
Est‑il possible de demander au Comité, par l'entremise de la greffière, de soumettre cette demande à IRCC... Je ne sais pas si j'ai besoin d'une motion à cet égard. Si c'est le cas, j'en ferai une motion.